A Bruges, la femme libérée en musique


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Le 11 septembre 2018 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Thierry Verhoeven

Les mouvements pour les droits des femmes peuvent être très organisés et toucher tous les domaines de la société. Parfois, cette lutte pour les droits des femmes passe par des exemples de femmes qui se sont battues, seules ou presque, pour imposer leur point de vue dans leur spécialité souvent dominée par les hommes. Cela participe aussi à la libération des femmes. C’est ce qu’a voulu montrer le festival de musique ancienne qui a eu lieu à Bruges début aout. Montrer que les femmes apportent de l’originalité, de la nouveauté pour une musique plus belle, plus ouverte, plus riche.


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Comment voir dans un festival de musique ancienne le combat des femmes ? Car dans les histoires d’opéra, par exemple, la femme est souvent femme fatale ou jalouse ou traitresse ou naïve… Ou alors la femme est celle qui inspire, mais le compositeur, le musicien, c’est le plus souvent un homme. Et bien, ce n’est pas toujours le cas. C’est ce qu’a montré le festival de Bruges. On peut dire que le sujet général était : sortir de l’image de la femme classique classique habituel en musique et surtout de l’image que les hommes ont donné du rôle de la femme en musique.

Cherchez la femme

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Ce sujet a été choisi bien avant l’actualité de ces derniers mois où les violences sexuelles des hommes ont fait l’actualité, comme dans le mouvement Metoo, par exemple. Comme le dit, Katherina Lindekens, la femme qui a pensé et organisé le programme du festival : « Ce qui se présentait comme un sujet de festival passionnant s’est imposé ces derniers mois comme une réalité sociale grave. Les femmes se font plus que jamais entendre et s’attaquent aux rapports de force du patriarcat patriarcat Forme d’organisation où les hommes ont le pouvoir sur les femmes. . Bien évidemment, cela ne va pas sans casse. »
En tout cas, au festival de musique ancienne de Bruges, on a entendu des femmes, on a rendu hommage hommage geste de respect à leur combat, à leur volonté. Tout cela avec intelligence, simplicité, beauté et un certain… humour.

L’humour est déjà dans l’intitulé du festival 2018 : Cherchez la femme. L’expression est célèbre dans les films et séries policières. Au départ, c’est un écrivain français du 19e siècle Alexandre Dumas qui a popularisé l’expression. Un personnage d’un de ces romans disait qu’il fallait d’abord « cherchez la femme » dans une affaire criminelle, car la femme était presque toujours au centre de l’affaire. La femme était donc souvent la cause du crime, du mal.
Au festival de musique ancienne de Bruges, on utilise l’expression avec humour pour montrer justement l’importance de la femme dans la musique ancienne. Impossible de rendre compte de la richesse du festival. Choisissons donc une femme, une seule : Wanda Landowska. La révolutionnaire Wanda Landowska que le festival de musique ancienne de Bruges a mis à l’honneur.

Le clavecin
un clavecin

Wanda Landowska est révolutionnaire parce qu’elle a fait redécouvrir un ancien instrument de musique : le clavecin. Le clavecin ressemble un peu au piano. Mais au piano, les cordes sont frappées, au clavecin, les cordes sont pincées, comme sur une guitare. Le son est donc très différent. Les musiciens des années 1600 et 1700 composaient des morceaux de musique pour l’instrument de l’époque, c’est-à-dire le clavecin. Mais dans les années 1800 et 1900, le piano a peu à peu remplacé le clavecin.
Les œuvres de Jean-Sébastien Bach, par exemple, ont été composées pour le clavecin dans les années 1700. Le piano n’existait pas encore. Mais dans les années 1800 et 1900, on ne joue Bach qu’au piano. Wanda Landowska va ressusciter le clavecin envers et contre tout. Wanda Landowska est une musicienne révolutionnaire, c’est aussi une femme révolutionnaire. Sa vie le prouve.


Wanda, la révolutionnaire
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Wanda et celle qui sera sa compagne de musique et de vie

Wanda Landowska nait en Pologne en 1879. Elle est très douée pour jouer du piano, ses parents l’envoient seule en Allemagne pour étudier. Elle a 17 ans, elle est très bonne élève, mais très indépendante. Elle s’enfuit à Paris avec un homme, musicien lui aussi. Cela fait scandale. Ils se marient, leur couple est très libre. L’homme a des maitresses et Wanda Landowska est lesbienne. S’ils se sont mariés et s’ils vivent en couple, c’est surtout pour s’encourager, s’entraider et réussir ce qu’ils ont envie de faire l’un et l’autre.

Wanda en train et en charrette
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Wanda Landowska avec l’écrivain russe Léon Tolstoï

Début du 20e siècle, une femme qui veut s’imposer ne doit pas être timide. Et Wanda Landowska ne l’est pas. Elle convainc un ingénieur d’une firme de piano de lui construire un clavecin. Elle fait des concerts en Europe. Rien ne l’arrête : elle part en Russie en train en emportant deux clavecins, elle doit finir le voyage en charrette ! Et en Russie, elle rencontre le grand écrivain Tolstoï. À son retour en France, Wanda publie un article pour dire l’intérêt que le grand écrivain a porté à sa musique. Wanda Landowska a d’ailleurs écrit beaucoup d’articles. Elle a un vrai talent d’écrivaine qui lui est très utile pour défendre et faire comprendre son travail. Musicienne, chercheuse, écrivaine, Wanda Landowska est aussi une grande pédagogue.

Wanda célèbre
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Après la guerre, elle devient très connue. Elle convainc des musiciens célèbres de composer pour elle. En France, elle crée une école de musique en 1925. Elle y rencontre Denise Restout qui devient son assistante. Elles auront une relation amoureuse pendant toute leur vie. En 1940, au moment de la Deuxième guerre mondiale, il se passe quelque chose d’extraordinaire. Wanda Landowska est en train d’enregistrer un disque pendant que les Allemands sont en train de bombarder Paris. Wanda Landowska continue de jouer. Et sur le disque, on entend les bombardements ! Elle n’a pas peur des nazis. Ses amis l’obligent quand même à quitter la France. En effet, Wanda Landowska est polonaise et d’origine juive. Avec les nazis en France, elle risque sa vie. Elle fuit aux États-Unis.
A 62 ans, elle commence donc une nouvelle carrière aux Etats-Unis. Elle fait des concerts, enregistre des disques et enseigne la musique avec toujours à ses côtés, Denise Restout, compagne de musique et compagne de vie. Wanda, musicicenne, chercheuse, écrivaine, pédagogue, femme libre, meurt en 1959.


La femme libérée
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Montrer les femmes, leur courage, leur savoir et leur révolution dans le monde de la musique ancienne, voilà ce qui a parcouru tout le festival de Bruges. Au point de nous dire, que ce festival d’une musique de « spécialistes » aux instruments anciens et parfois « bizarres » a, par son ouverture et sa qualité, montré que des combats de femmes, si particuliers parfois, nous touchent et nous concernent tous...et toutes !


Auteur : Thierry Verhoeven

Pour vous donner une idée du Festival de musique ancienne de Bruges 2018, cliquer ici. Cela donne envie de participer à celui de 2019.


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