Esclavage, l’empreinte américaine

Céline Téret

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Le 6 décembre 2017 |  Céline Teret

Il y a 400 ans, des hommes, des femmes, des enfants étaient arrachés à l’Afrique pour être vendus comme esclaves en Amérique. Beaucoup de citoyens noirs des États-Unis et du reste du continent américain sont les descendants de ces esclaves. Ce passé sombre est encore très présent dans la mémoire du peuple américain. Il remonte à la surface lorsque défilent dans les médias, des images venues de Libye. On y voit des hommes mis aux enchères. Et ça, ça se passe aujourd’hui...


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L’esclavage a profondément marqué l’histoire des États-Unis. Il est lié à la colonisation des terres d’Amérique. Dès la fin du 16e siècle, les colons européens s’installent sur tout le continent américain. Dans la partie nord du continent, les États-Unis d’aujourd’hui, ce sont surtout les Anglais, les Français et les Espagnols. Pour exploiter les terres où ils s’installent, les colons vont faire venir des travailleurs... et des esclaves. Beaucoup d’esclaves. Ces hommes, femmes et enfants sont enlevés en Afrique et entassés dans des bateaux. Beaucoup d’entre eux meurent pendant la traversée. Les autres sont vendus comme des marchandises aux propriétaires les plus offrants. Sur les affiches d’époque, on peut lire : « A vendre, une cargaison de 94 nègres, de premier choix et en bonne santé... » (voir illustration en bas d’article). Aujourd’hui, ces quelques lignes font froid dans le dos...

Propriété de leur maitre

Aux États-Unis, les premiers esclaves débarquent en 1619. Mais c’est surtout à partir du milieu du 17e siècle que la « traite des noirs » se développe. Les trois quarts des esclaves travaillent dans l’agriculture. Les autres sont des domestiques ou sont exploités dans les mines, la construction et l’industrie. Ils sont très nombreux dans les États du sud des États-Unis. C’est surtout là que l’on cultive le coton, le tabac, la canne à sucre ou encore le cacao. Ces matières premières sont surtout exportées vers l’Europe, dans les bateaux qui viennent déposer les esclaves sur le sol américain.

Les esclaves sont la propriété de leur maitre. Ils n’ont pas de droits. S’ils ne sont pas assez dociles ou essaient de s’enfuir, ils sont fouettés ou marqués au fer... Des familles sont séparées, quand un enfant, la mère, ou le père… est revendu à un autre propriétaire. Les esclaves sont vus comme un capital   à faire fructifier : plus il y aura d’enfants en bonne santé, plus il y aura de main d’oeuvre à faire travailler ou à revendre.

En 1780, il y a 600 000 Noirs aux États-Unis, soit un cinquième de sa population. En 1830, il y a 2 millions d’esclaves. Et 4 millions en 1860.

Vers l’abolition

La Déclaration d’Indépendance des États-Unis est signée en 1776... Et on n’y parle pas de supprimer l’esclavage. La « traite des noirs » est interdite aux États-Unis à partir de 1808. Mais l’esclavage continue. Il commence cependant à être aboli ailleurs, comme dans les colonies britanniques en 1833, dans les colonies françaises en 1848. En 1852, le roman « La case de l’Oncle Tom » est publié. Il raconte l’histoire d’un esclave noir. Son auteure, Harriet Beecher Stowe, est pour l’abolition de l’esclavage. Ce roman remporte un vif succès : 300 000 exemplaires sont vendus en un an. Le mouvement pour l’abolition de l’esclavage grandit, surtout dans les États du nord des États-Unis.

La Guerre de Sécession oppose les États du Nord et du Sud entre 1861 et 1865. Au milieu de la guerre, le président Abraham Lincoln proclame l’émancipation des esclaves. Des soldats noirs combattent alors aux côtés des soldats blancs. Et à la fin de la guerre, on abolit enfin l’esclavage dans tout le pays. Mais ce n’est pas pour autant la fin des violences et du racisme envers la communauté noire...

Ségrégation   et racisme

L’abolition de l’esclavage est un pas en avant, mais tous les problèmes ne sont pas résolus... Loin de là. Les anciens esclaves, à qui des terres avaient été promises, ne les obtiendront jamais. Certains États du Sud vont adopter des Codes noirs (en anglais : Black Law), pour limiter les droits de la communauté noire. Les actes racistes vont prendre de l’ampleur, notamment avec la naissance du Ku Klux Klan  . Ce sont des groupes d’hommes blancs qui sèment la terreur dans la communauté noire : ils incendient leurs maisons et des récoltes, lynchent et pendent les Noirs...

Les Noirs américains subissent la ségrégation raciale. La ségrégation touche toute la communauté afro-américaine, qui est composée à la fois des descendants des esclaves et des immigrés noirs qui arriveront aux États-Unis après l’abolition de l’esclavage. Blancs et Noirs sont séparés physiquement dans leurs activités de tous les jours, dans les salles d’attente, toilettes, transports, écoles, cinémas, logements... Ils n’ont pas non plus les mêmes chances de trouver un emploi, d’être défendus par la justice ou de faire de la politique.

Dans les années 60, le mouvement des droits civiques mettra fin à la ségrégation et les Afro-Américains obtiendront davantage de droits. Malgré tout, la communauté noire subit aujourd’hui encore racisme, discriminations et violences aux États-Unis... comme dans d’autres endroits du monde, d’ailleurs.

Retour vers le passé

Les images d’hommes mis aux enchères, qui ont circulé récemment dans la presse et sur les réseaux sociaux, nous ramènent 400 ans en arrière. Cela se passe pourtant aujourd’hui, en Libye. Ces hommes « en vente » sont des migrants venus d’Afrique et qui essaient d’atteindre l’Europe. Comme d’autres hommes, femmes et enfants, ils se retrouvent pris au piège en Libye où ils vivent des traitements inhumains. Rappelons, par ailleurs, que l’Union européenne finance la Libye pour qu’elle tienne les migrants à distance des frontières européennes...

L’histoire nous rattrape tel un boomerang lancé à pleine force... et ça fait mal.

Conseil lecture « Racines » (Roots), roman d’Alex Haley (1976). Il retrace l’histoire familiale de Kunta Kinté, un Africain enlevé pour devenir esclave en Amérique, puis de ses descendants, jusqu’à l’époque actuelle. Ce roman a été adapté en série télévisée dans les années 70, puis plus récemment en 2016.


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