Frères migrants, parmi nous, vivez !

Thierry Verhoeven

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Le 28 août 2017 |  Thierry Verhoeven |  1 messages

Frères migrants est une déclaration poétique. On ne peut pas la résumer. Le mieux est d’en citer des extraits : des phrases simples, parfois plus compliquées. On n’est pas obligé de lire tout le livre. De toute façon, il n’y a que 137 pages et « écrit grand ». Mais il faut en lire et en relire certaines : la langue est merveilleuse, elle nous ouvre les yeux et ouvre notre imaginaire.


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Patrick Chamoiseau est un écrivain français de la Martinique. La Martinique est une île française de l’autre côté de l’Océan Atlantique. La Martinique a été une colonie française. Du 16e siècle au 19e siècle, la France a fait venir des Noirs d’Afrique pour travailler comme esclaves sur cette île et d’autres îles de la région. Avec le temps, il y a eu un mélange de populations et de cultures. Cette sorte de métissage, on l’appelle la « créolité ». Cela donne de grands écrivains qui ont une autre sensibilité, une autre vision du monde. Ils écrivent donc en français, mais un français différent, très poétique et souvent merveilleux. C’est le cas du dernier livre de Patrick Chamoiseau, Frères migrants.

Un geste de fraternité vers les migrants

Le livre est un grand geste de fraternité vers les migrants bien sûr, mais aussi vers nous, vers tous les êtres humains. Le titre d’ailleurs rappelle le poème de François Villon qui écrivait dans la Ballade des pendus en 1489 : « Frères humains qui après nous vivez, etc. » Le livre de Chamoiseau est une longue déclaration poétique et il l’écrit :
« La poésie n’est au service de rien, rien n’est à son service. Elle ne donne pas d’ordre et elle n’en reçoit pas. Elle ne résiste pas, elle existe. (…) Elle signale tout ce qui est contraire aux beautés relationnelles du vivant. »
« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! », entend-on souvent quand on parle des migrants et des réfugiés. Pour Chamoiseau, c’est une bien « triste formule » qui nous coupe d’une partie de nous. La misère et la vie des migrants sont aussi les nôtres. Cet écrivain venu de l’autre côté de l’océan nous parle de notre monde d’Européens. La barbarie de notre système économique verrouille nos vies et nos esprits, migrants ou non. Lisons Chamoiseau quand il parle de « notre » monde :
« Voilà que dans les richesses surgissent ces régressions qui rongent l’ancien statut du salarié, le droit des ouvriers, les protections sociales (…) » Et encore : « L’humanitaire le revoici ramené dans le ventre occidental (…), au cœur des villes splendides, dans les restos qui ont du cœur et autres “banques” alimentaires. »

Les vieilles coutures du monde ancien

Notre monde veut se protéger des migrants par des frontières voulues comme des « murailles assassines ». On surveille les rives de la Méditerranée, on ouvre des camps, on fait des contrôles policiers… pour Chamoiseau, ces espaces où l’on se retrouve coincés « organisent le fait que l’on n’arrive jamais. Ils obligent à s’élancer, à s’élancer encore, dans nulle part, à jamais. » Notre monde et le monde des migrants sont liés. « Ces misères et autres précarités   qui semblent n’avoir presque qu’aucun lien entre elles sont le symptôme de cette barbarie : gagner gros, gagner plus, gagner autant que possible et sans autre souci. »
Heureusement, « ces élans recommencés, ces errances » des migrants créent une autre « présence au monde », révolutionnaire.
« Les frontières tuent tous les jours en masse, mais elles s’inclineront. » Elles resteront comme « vieilles coutures du monde ancien. » Il y aura de nouveaux espaces, de nouveaux lieux « où chacun sera libre de mener son existence au monde, en droit du sol, en droit de sang, en droit de Relation. »

Chamoiseau ne désespère pas des lucioles

En 1975, le cinéaste et écrivain italien Pasolini dénonce la disparition des lucioles. Ces petits insectes qui émettent une lumière jaune en période d’accouplement. Pour Pasolini, les lucioles symbolisent ce qui fait une société riche de toutes ses différences et de toutes ses cultures. Les lucioles disparaissent, c’est la richesse de la société qui disparait à cause d’un système économique qui ne veut que du profit et uniformise le monde et les esprits. Un grand écrivain martiniquais, Aimé Césaire a repris Pasolini en écrivant : « Ne pas désespérer des lucioles. » Patrick Chamoiseau fait sienne cette phrase. Son livre est une lueur pour éclairer notre imaginaire.

Frères migrants de Patrick Chamoiseau, éditions du Seuil, 12 euros

Courte et belle interview de Patrick Chamoiseau

Pour en savoir plus sur la Traite des Noirs mis en esclavage : une présentation claire ,mais nécessitant quand même un certain niveau de langue avec exercices pédagogiques d’un formateur en français-langue étrangère, cliquez ici


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Vos commentaires

  • Henry

    Le 18 septembre à 15:09

    Très bon article qui évoque un sujet tabou de la société. Je pense pour ma part organiser un débat avec mes élèves autour d’une table afin de pouvoir en discuter. J’apprécie tout particulière débattre d’actualité avec eux, et je pense que, grâce à vous, nous tenons notre prochain sujet !

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