Inégalités sur les bancs de l’école


A l’école, tous les enfants ont-ils les mêmes chances ? Sont-ils tous à égalité ? Hélas, non... L’école aggrave même les inégalités sociales entre les élèves. Et l’école en Belgique, comparée à d’autres pays, est une des plus inégalitaires. La Belgique est une très mauvaise élève dans ce domaine.


Version imprimable de cet article Version imprimable Réagir

Téléchargez un exercice en bas d’article

Quand on parle d’inégalités scolaires, on veut dire que l’origine sociale des élèves détermine leurs chances de réussite scolaire. Ou, dit plus simplement, les élèves de familles aisées réussissent mieux à l’école que les élèves de familles plus pauvres.

En Belgique francophone, on constate, par exemple, que les enfants de familles populaires redoublent plus souvent. Les enfants de familles en précarité précarité le fait d’être dans une situation fragile, incertaine vont moins loin dans les études (1). Ils sont aussi plus souvent dirigés vers l’enseignement technique ou professionnel. Ce n’est pas grave en soi. L’idée n’est pas de dire que l’enseignement technique et professionnel est moins bon que les autres. Mais la question est de savoir si c’est vraiment le choix de l’élève et de sa famille ou un choix imposé par la machine scolaire. Par contre, les enfants de familles aisées poursuivent le plus souvent dans l’enseignement général. Et les personnes les plus diplômées viennent presque toujours des milieux les plus aisés. On constate donc que, le plus souvent, chacun reste dans la « case » de sa classe sociale.

Des causes multiples

Qu’est-ce qui explique que les uns, les élèves de familles aisées, réussissent et que les autres, les élèves de familles populaires, ratent ? Tout enfant est pourtant capable de comprendre, de travailler, de faire des efforts. Tout enfant peut apprendre si on lui donne les outils adaptés, si on l’accompagne dans l’apprentissage, si on lui fait confiance. Alors pourquoi tous les élèves n’ont-ils pas les mêmes chances de réussite ? Pourquoi ne sont-ils pas à égalité pour choisir leur filière, leurs études, leur avenir ?

Parmi les explications, il y a le fait que la culture scolaire est plus proche des habitudes culturelles des familles aisées que de celles des familles populaires. Comme le dit un rapport d’un groupe de réflexion belge sur l’école (2) : « Cela ne veut absolument pas dire que la culture populaire est plus simpliste ou moins “cultivée”. L’école fonctionne souvent avec les habitudes scolaires des familles aisées. Par exemple, le moyen d’apprentissage privilégié à l’école est la lecture, activité que l’on pratique davantage chez les riches que chez les pauvres. »

Il y a aussi le fait que les familles plus aisées connaissent souvent mieux le fonctionnement et les codes de l’école. Elles connaissent, par exemple, mieux les différentes écoles et leur type d’enseignement. Et elles savent quelles conséquences cela aura de mettre leur enfant dans une filière qu’il n’a pas choisie. Ainsi, on lit dans le même rapport (3) : « Ainsi, elles vont pousser leurs rejetons à s’inscrire dans des filières filières Type d’enseignement : général, technique, professionnel, artistique prestigieuses et à suivre de longues études. Par ailleurs, suite à un échec, elles vont souvent refuser un déclassement. »

Un rapport sur l’Égalité des chances à l’école (4) souligne également ceci : « Le chômage, la précarité professionnelle et la montée de la pauvreté, qui frappe notamment les familles monoparentales, placent les enfants des familles les plus démunies dans des conditions d’étude difficiles. » Certains parents n’ont en effet pas le temps d’accompagner la scolarité de leurs enfants, parce qu’ils sont seuls ou parce qu’ils travaillent à horaires décalés, ce qui est le plus souvent le cas pour les emplois précaires et mal payés. D’autres ne maitrisent pas bien la langue ou n’ont pas les moyens de payer des cours particuliers. Dans d’autres cas encore, les enfants n’ont pas un endroit assez au calme pour étudier, parce que leur logement est trop petit. Tout cela et bien d’autres choses encore font que les enfants ne sont pas à égalité dans les apprentissages.

Une école qui renforce les inégalités

On aurait tendance à penser que l’école réduit les inégalités sociales, puisqu’à l’école, tous les enfants se retrouvent dans la même situation d’apprentissage. Et pourtant, le système scolaire tend au contraire à renforcer ces inégalités sociales, surtout en Belgique.
Pour mieux comprendre, plusieurs études ont comparé l’école en Fédération Wallonie-Bruxelles avec celle d’autres pays. Elles ont mis en évidence plusieurs constantes.

Tout d’abord, les pays les plus inégalitaires sont ceux dont le système scolaire est le plus divisé en filières (enseignement général, technique ou professionnel). Plus tôt on demande à des élèves de choisir une orientation scolaire, plus les inégalités augmentent. Dans les pays où les élèves suivent le même cursus jusqu’à 15 ou 16 ans, il y a moins d’inégalités scolaires.
Or, en Belgique, le choix de l’orientation se fait à 14 ans, et même à 12 ans, au moment du choix de l’école secondaire. En Fédération Wallonie-Bruxelles, le Pacte pour un enseignement d’Excellence, qui vise à renforcer la qualité de l’enseignement, prévoit d’élargir le « tronc commun » jusqu’à 15 ans. Mais ce projet n’est pas encore appliqué.

Ensuite, les inégalités scolaires seraient liées au redoublement. Si on compare le système scolaire belge à celui d’autres pays, on remarque que dans les pays qui font plus souvent redoubler les élèves sont plus inégalitaires. Par contre, les pays qui préfèrent fournir une aide aux élèves plutôt que de les faire doubler sont plus égalitaires.

Enfin, il y a la question de la mixité sociale mixité sociale diversité sociale dans les écoles. Certaines écoles rassemblent des élèves d’un même milieu social. Cela ne fait qu’accentuer les inégalités. Le récent Décret décret loi Inscription, qui organise les inscriptions en première année de l’enseignement secondaire vise à améliorer la mixité sociale, mais on n’y est pas encore.

Quelles solutions ?

Pour lutter contre les inégalités scolaires, il y a plusieurs solutions. On sait très bien que des classes moins nombreuses permettent à plus d’enfants de suivre et de réussir. C’est le cas aussi quand, dans certains cours, deux professeurs encadrent en même temps la classe. Mais il s’agit aussi de combattre certaines idées reçues. Par exemple, il faut faire prendre conscience que les élèves en difficulté ne vont pas faire descendre la moyenne de la classe, car : « En relevant le niveau des plus faibles, on augmente le niveau moyen, ce qui a pour effet d’augmenter à son tour les ambitions des meilleures. » (5) Et il faut faire comprendre que tout élève est au départ capable de réussir.
Il s’agit aussi de mieux accompagner individuellement des enfants et des jeunes en difficulté, plutôt que de les faire redoubler ou de les classer dans certaines filières sans leur donner le choix.
Tout cela demanderait une réforme en profondeur de l’école, qui mettrait fin au système de redoublement, qui proposerait un parcours scolaire identique pour tous les élèves jusqu’à l’âge de 16 ans, par exemple.

Mais une réforme de l’école, on en est loin… Et une vraie mixité sociale dans les écoles, on en est loin aussi. Alors, certaines écoles, certains enseignants se tournent vers des pratiques pédagogiques dites « actives ». Ces manières d’enseigner permettent de mettre l’élève au centre, d’être davantage à son écoute, de partir de son expérience, de son savoir, de son vécu et de tenir compte des différences et des qualités de chacun. Pour donner une chance à tous les élèves, peu importe leur origine sociale.

(1) L’école renforce les inégalités

(2) (3) (4) et (5) Rapport de l’Institut Itinera, 2016

Itinera se présente comme un groupe de réflexion qui étudie d’importantes questions sociales en toute objectivité et dans une totale indépendance, en vue d’une amélioration de la politique.

En Belgique, il y a aussi l’Appel pour une école démocratique (Aped). C’est un mouvement de réflexion et d’action qui milite pour que tous les jeunes puissent maitriser des savoirs porteurs de compréhension du monde et des compétences qui leur donnent la force pour agir sur leur destin individuel et collectif.

L’exercice

Et sa correction

Courte vidéo qui explique les inégalités scolaires de la Fondation Roi Baudouin. Intéressant, mais le vocabulaire est parfois compliqué et pas toujours expliqué


Auteur : Céline Teret
Version imprimable de cet article Version imprimable Réagir

Dans la même rubrique

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’alpha
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’alpha
Le 6 octobre 2017
Qui sont les analphabètes ? Combien y-en-a-t-il en Belgique ? Comment peut-on repérer qu’une...
Un 8 septembre à la FUNOC
Un 8 septembre à la FUNOC
Le 26 septembre 2017
Le 8 septembre est la journée internationale de l’alphabétisation. A la FUNOC, plusieurs groupes...
L’alphabétisation en Belgique : quelques chiffres
L’alphabétisation en Belgique : quelques chiffres
Le 6 octobre 2017
En Belgique, 1 adulte sur 10 au moins ne comprend pas un texte simple de la vie quotidienne....
L’éducation numérique
L’éducation numérique
Le 8 octobre 2017
Dans notre vie quotidienne, les « machines » sont de plus en plus présentes. Cette révolution...

Un message ?


Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sondage


Pour vous, défendre les droits humains aujourd’hui, c’est

Newsletter

Restez informé, inscrivez-vous à notre newsletter, c'est gratuit et utile !

Facebook

L'Essentiel

Editeur responsable

19, Avenue des Alliés
6000 Charleroi
Belgique
Joëlle Van Gasse
19, avenue des Alliés
6000 Charleroi
Belgique

Rédactrice en chef : Lydia Magnoni
Secrétaire de rédaction : Thierry Verhoeven
L'ESSENTIEL L'information simple comme bonjour
Les photos et illustrations sont la propriété exclusive de leurs auteurs respectifs © Tous droits réservés.
Journalessentiel 2018 .
Squelette et Graphisme par Banlieues asbl

L'Essentiel est une production de la FUNOC.


L'Essentiel est réalisé avec l'appui du SAJ, dans le respect des droits d'auteur.


Avec le soutien de