Dessine-moi la caricature

Marie-Luce Scieur

 Cahiers  Faut-il pleurer, faut-il en rire ?
Le 18 juin 2017 |  Marie-Luce Scieur |  1 messages

Certains journaux utilisent beaucoup le dessin pour mieux faire comprendre l’actualité. Le dessin de presse est souvent un raccourci, une caricature qui fait à la fois rire et réfléchir à des problèmes compliqués.


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Une caricature, c’est un portrait. Mais pas n’importe quel portrait ! C’est un dessin ou une peinture qui accentue les traits de la personne que l’on veut montrer. Le mot « caricature » vient de l’italien caricare. Il signifie charger, exagérer.

Par exemple, si je choisis de caricaturer la rédactrice en chef de ce journal, je la dessinerai toute petite, avec de très grandes dents, un nez très pointu et un museau de souris. Alors que dans la réalité, elle n’est pas très grande, c’est vrai, mais pas toute petite ! Elle a de jolies dents et un joli nez droit et légèrement pointu.

Si je veux caricaturer le Premier ministre belge Charles Michel. Je vais le dessiner avec un crâne chauve et très volumineux, de grosses lunettes épaisses, des joues très rondes et très hautes et un nez en forme de patate. Certains caricaturistes lui dessineront plutôt un nez très long comme Pinocchio quand ils estimeront qu’il a menti.

Car la caricature, qui est souvent un dessin humoristique, peut juste accentuer les aspects physiques comme dans le cas de la rédactrice en chef. Mais il peut aussi accentuer les aspects ridicules ou déplaisants de la personnalité ou du comportement de quelqu’un, comme dans le cas du nez de Pinocchio du Premier ministre. La caricature peut aussi accentuer le côté absurde d’une situation. Et dans ce cas, elle peut être autre chose qu’un dessin : un texte, une pièce de théâtre, un sketch…

Ca ne date pas d’hier

La caricature n’est pas quelque chose de récent. Le mot « caricature » apparaît il y a seulement 300 ans, mais on trouve des traces de dessins qui déforment les personnages depuis plus de 3 000 ans.
En Occident  , on voit apparaitre ce genre de dessins le plus souvent dans les grandes périodes de crises politiques ou sociales. Dans le courant du 19e siècle, l’imprimerie se développe et la lithographie apparaît. Et de plus en plus de journaux voient le jour. Les dessins de caricature sont alors de plus en plus diffusés. Et donc mieux connus par le grand public.

Ensuite, on a vu apparaître des caricatures dans des magazines ou des émissions de télé.
Aujourd’hui, avec réseaux sociaux, ces dessins sont diffusés dans le monde entier.
C’est un grand progrès pour la liberté d’expression. Mais c’est aussi un danger. Tout le monde n’a pas les mêmes références et ne rit pas des mêmes choses. Et ces dessins peuvent donc être plus facilement sortis de leur contexte et servir à manipuler l’opinion publique pour créer des réactions de haine. Or, l’incitation à la haine est justement la limite que la caricature ne peut pas franchir, selon la loi.

La caricature, à quoi ça sert ?

La caricature a plusieurs rôles. Quand elle accentue certains traits physiques, elle est là juste pour divertir et faire rire. Mais souvent la caricature ne cherche pas seulement à déclencher le rire. Elle déforme, ridiculise, dénonce une situation ou le comportement d’une personne ou d’un groupe social.
Par exemple, la caricature peut servir à dénoncer des comportements ou des attitudes de certains hommes politiques ou de personnalités publiques. ,
Car le but de la caricature est de bousculer, d’interpeller, de provoquer le débat.
En alertant l’opinion par l’humour, elle appelle les citoyens à être vigilants. Elle peut choquer, mais c’est justement un de ses buts…

Peut-on rire de tout ?

La caricature est une forme de communication particulière, propre à la culture occidentale qui défend la liberté d’expression. La caricature exagère et fait rire. Mais elle exagère pour attirer l’attention et elle fait rire pour dénoncer.
Certaines cultures n’acceptent pas qu’on puisse rire de sujets considérés comme sérieux. Par exemple, quand la caricature s’en prend à des sujets religieux, il arrive souvent qu’elle soit considérée comme un manque de respect. Par exemple, beaucoup de catholiques ont été indignés par des caricatures de Jésus. Et beaucoup de musulmans se sentent choqués quand on caricature Mahomet.

Mais le but de la caricature, c’est justement de choquer. Et quand une caricature est diffusée largement, elle choque presque toujours quelqu’un. La seule limite fixée à la caricature est l’incitation à la haine. Elle ne peut pas s’en prendre à une personne ou à un groupe de personnes pour inciter à le détester.
Les anciens Grecs avaient deux mots pour qualifier le rire : gelan et kata gelan. Gelan signifiait le rire joyeux qui rassemble. Kata gelan, la moquerie qui voulait faire du mal à quelqu’un.

Pas de mode d’emploi

Il arrive aussi que la caricature soit mal comprise. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de mode d’emploi livré avec…
C’est donc utile de mieux la connaître. Et d’enseigner ses clés à l’école pour qu’elle soit mieux comprise (voir notre article : « Quand Media animation dessine la liberté d’expression »).
Car dans la caricature, on retrouve souvent de l’ironie et de l’humour au deuxième ou au troisième degré. Ainsi, un dessin peut montrer quelque chose d’écœurant même de « dégoûtant » pour mieux dénoncer une situation. C’était le cas avec l’image du petit garçon réfugié syrien retrouvé mort sur une plage grecque après le naufrage d’un bateau en Méditerranée

Certaines personnes ont trouvé scandaleux que l’on puisse se moquer de la mort d’un enfant. Mais en réalité, le dessinateur n’avait aucune intention de se moquer. Il était même très touché de la mort de cet enfant. Son intention est de dénoncer la société qui laisse des enfants et des adultes innocents se noyer en mer. Avec la pub d’un restaurant fast-food dessinée en arrière plan, il dénonçait aussi notre société de consommation. Notre société produit de la nourriture bon marché et de mauvaise qualité en grande quantité. Elle se sert des enfants pour faire sa publicité, vendre et faire de l’argent. Et dans le même temps, notre société ne veut pas aider des enfants en détresse sous les bombes d’un pays presque voisin.

Caricaturiste, un métier dangereux

Caricaturiste est un métier : non seulement il faut savoir dessiner, mais il faut aussi analyser la société, la politique, l’économie… Il faut aussi avoir un sens développé de la critique. Ce n’est pas un métier de tout repos. En général, les caricaturistes qui ont du talent sont adorés ou détestés. Mais ils ne passent jamais inaperçus… Caricaturiste est même un métier dangereux : certains caricaturistes sont insultés, menacés et parfois subissent des pressions ou des violences (voir notre article Caricaturistes, fantassins de la démocratie).
En janvier 2015, des terroristes islamistes ont assassiné des dessinateurs et des journalistes de Charlie Hebdo.. Ils ne supportaient pas que le journal dénonce les dérives religieuses et les violences faites au nom de l’Islam.
Charlie Hebdo est un journal satirique   français. Il parle d’actualité liée à la politique, à l’économie, à la religion et il dénonce les abus. Les dessins de Charlie sont souvent percutants, choquants. Ils ne plaisent en tout cas pas à tout le monde.
Avant l’attentat de 2015, Charlie Hebdo avait déjà reçu des menaces, des plaintes. Et leurs locaux avaient été incendiés.

Censure et autocensure

Si certains terroristes sont prêts à tuer pout des caricatures, d’autres personnes attaquent ou font pression sur les dessinateurs et les journaux. De plus en plus de journalistes et de caricaturistes sont inquiets. Ils craignent la censure. Ils craignent aussi l’autocensure. L’autocensure, c’est quand des journalistes renoncent d’eux-mêmes à publier ce qu’ils pensent parce qu’ils ont peur.
De tout temps la satire, la caricature a fait parler d’elle. De tout temps, et dans tous les pays, les pouvoirs politiques, économiques ou religieux ont essayé de faire pression pour supprimer cette forme d’expression.
Aujourd’hui, en France, le délit   de blasphème n’existe pas. Et la loi protège le droit à l’excès, à l’outrance et à la parodie lorsqu’il s’agit de fins humoristiques. Mais la caricature est poursuivie par la justice si elle incite à la haine.

Quand la caricature incite à la haine

Car la caricature a été utilisée à des fins moins nobles.
Dans l’histoire, on a utilisé la caricature pour faire de la propagande, pour véhiculer des idées de haine. Comme la caricature déforme les traits physiques d’une personne, on peut s’en servir pour se moquer et même pour dénoncer certains groupes sociaux ou ethniques.
Par exemple, dans les années 1930 et durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont caricaturé le peuple juif. Ils ont diffusé les dessins pour manipuler l’opinion publique contre ce qu’il appelait le « péril juif ». Ces dessins ont largement contribué à propager la haine et la délation. (voir notre article : la face noire de la caricature)

Autre exemple : au Congo, durant la colonisation, beaucoup de caricatures faisaient passer les Congolais pour des voleurs et des fainéants.
Ces derniers temps, on voit ressortir des caricatures véhiculées par les partis d’extrême droite. Celles-ci montrent des dessins à caractère raciste et qui ciblent des personnalités politiques ou des citoyens étrangers.


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Vos commentaires

  • Eden

    Le 26 octobre à 09:40

    Si la caricature est un moyen d’expression pour dénoncer des choses elle ne doit pas être un moyen de blesser les gens, il faut savoir respecter le lecteur sinon le caricaturiste dessine seulement pour lui même

    Eden de capresilience.fr

    Répondre à ce message

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