« On aide les réfugiés, et nos SDF alors ? »


 Cahiers  Frères humains
Le 15 mars 2018 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Thierry Verhoeven

« On aide les réfugiés, et nos SDF alors ? » On entend souvent cette phrase. Elle « énerve » Denis Uvier. A Charleroi, la plus grande ville de Wallonie, Denis travaille à Solidarités Nouvelles. Cette association aide les personnes qui ont des problèmes de logement et particulièrement les sans-abri. Depuis plus de 25 ans, Denis est aux côtés des sans-abri. Et il aide aussi les réfugiés.


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Denis Uvier est travailleur social de terrain. Depuis 25 ans, il est aux côtés des sans-abri, il est avec les sans-abri de Charleroi. « Il est » parce que c’est le verbe être qui va le mieux : il n’aide pas les sans-abri, il ne s’occupe pas des sans-abri, oui, il est avec les sans-abri. Et je voulais rencontrer Denis Uvier parce que, comme lui, je suis agacé par ceux qui disent : « On aide les réfugiés, mais nos SDF alors ? »

Aider aussi les réfugiés

Des amis Facebook de Denis lui écrivent ce genre de choses : ils félicitent Denis pour son travail avec les SDF, mais ils ne comprennent pas pourquoi Denis défend et aide aussi les réfugiés. Denis essaie de les raisonner, s’il n’y arrive pas, il les « vire » de ses amis : « Tout d’un coup, des gens se mettent à défendre des sans-abri parce qu’il y a des étrangers et des réfugiés. Cela, je ne supporte pas. Quand c’est le joueur de football qui est étranger, on applaudit, mais on est raciste avec celles et ceux qui fuient la misère. »
« Évidemment à Charleroi, on n’a pas les mêmes problèmes qu’à Bruxelles. On rencontre beaucoup moins de réfugiés. » dit Denis. Tous les jours, Denis fait le tour des squats squats squat : Logement vide qui sert d’abri à des SDF (sans domicile fixe). et des lieux de misère où se réfugient les sans-abri. Dans ces maraudes maraudes maraude veut dire ici : recherche pour assister les SDF (Sans domicile fixe), les sans abri. , comme il dit, il rencontre parfois des réfugiés : « On ne dit rien, on n’a pas envie que les flics débarquent le lendemain. » Denis aide donc aussi les réfugiés en distribuant une tente ou des couvertures.

Contre l’exclusion

« Certains SDF disent parfois : « Il va encore aider les réfugiés ». Mais je m’en fous. » dit Denis. « J’ai encore rencontré un sans-papiers, il n’y a pas longtemps, je l’ai aidé il y a quelques années. Maintenant, il est bien et tout. Il m’est vraiment reconnaissant, même sa mère dans son pays, il m’a montré la lettre de sa mère où elle écrit qu’elle prie Allah pour Monsieur Denis, il faut le faire hein ça. »
Denis utilise le plus souvent le mot « sans-papiers » plutôt que réfugié. C’est le mot que l’on utilisait, il y a quelques années pour parler des étrangers qui vivent clandestinement dans le pays. Il y a quelques années, car Denis est dans « le social » comme il dit depuis plus de 25 ans. En 1997, il a participé avec des SDF à la Marche européenne contre l’exclusion et les précarités précarités précarité : le fait d’être dans une situation fragile, incertaine . Cette marche était organisée par une série d’associations avec le soutien des syndicats. C’était à l’occasion du sommet européen d’Amsterdam. Tous les « Sans » manifestaient avec les travailleurs contre la politique européenne qui n’était pas assez sociale… Déjà en 1997. Les « Sans » ?

L’union des « Sans »  

Oui, les « Sans », c’était le jargon jargon Vocabulaire propre à un groupe, à une profession. . Il y avait des actions pour réunir les sans-logement, les sans-emploi et les sans-papiers. Denis se souvient : « A l’époque, avec Pascal (Pasquale Colicchio, militant du syndicat FGTB FGTB Fédération Générale des Travailleurs de Belgique, plutôt socialiste. Sa couleur : le rouge. , figure du mouvement social à Charleroi), on a essayé de faire l’union de tous les « Sans », on a sans doute raté quelque chose là. » Il raconte encore. Il y a plus de 20 ans, Denis a fait la grève de la faim pendant 7 jours en solidarité avec les sans-papiers : des sans-papiers logeaient dans la basilique Saint Christophe de Charleroi. Ils faisaient la grève de la faim pour avoir « des papiers », pour être régularisés.
« Les enfants des sans-papiers étaient tout le temps dans l’église. Ils faisaient du bruit forcément, ça énervait tout le monde, dit Denis. Il poursuit : « Finalement, on s’est arrangé : ils passaient la journée dans la garderie d’une école toute proche. Mais il fallait les y conduire et aller les chercher. Les parents ne pouvaient pas sortir de l’église, car ils risquaient d’être arrêtés.
Qu’est-ce qu’on a fait avec des SDF ? On a encadré les enfants sur le chemin de l’école. Il y avait des SDF qui étaient toujours partants pour aider les sans-papiers. Des SDF comme « Tobi l’Indien » ou « Muchmuche »
 (c’était des SDF « célèbres » à Charleroi). « On a même fait des t-shirts avec : « On n’est pas tous d’extrême droite ». Rappelle-toi me dit Denis. » Oui, je me rappelle, j’étais un jeune militant à l’époque … Je quitte Denis, avec ces souvenirs dans la tête, mais surtout heureux de cette entrevue pleine d’humanité.


Auteur : Thierry Verhoeven
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