Sexisme en rue


 Cahiers  Tant de violences contre les femmes...
Le 8 mai 2018 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Céline Teret

Insultes, sifflements, agressions physiques... Selon une étude de l’association Vie Féminine, 98% des femmes vivent des situations de sexisme en rue, dans les transports en commun, bars et autres lieux publics. Début mars, un homme a été condamné pour insulte sexiste sexiste associé au genre : féminin ou masculin, donc à la femme ou à l’homme envers une femme. C’est la première fois que la loi sur le sexisme dans l’espace public est utilisée. Pourtant, elle existe depuis 2014.


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« J’ai été suivie pendant 5 minutes par un homme en sortant du tram. »

« Un patron m’a fait revenir au bureau pour une urgence. (…) Je me suis retrouvée nez à-nez avec lui. Bloquée, il a essayé de m’embrasser. »

« Le bus était rempli (…) et là je vois la main de l’homme à la hauteur de mes fesses. »

« Je me suis déjà fait insulter de nombreuses fois en rue, j’ai reçu de nombreuses remarques, je me suis fait toucher dans les transports en commun, je me suis fait suivre plusieurs fois, klaxonner plusieurs fois, j’ai dû faire face à des gestes obscènes ou déplacés,... et ce dans la rue, dans les transports, à l’université, dans un festival, dans un bar, en boîte de nuit... »

Ces témoignages et bien d’autres figurent dans l’étude Le sexisme dans l’espace public de l’association Vie Féminine. Plus de 400 femmes ont répondu à l’appel à témoignages et au questionnaire proposé début 2017.

Sexisme dans l’espace public ?

Selon les résultats de cette enquête, 98% des femmes qui ont répondu déclarent avoir vécu du sexisme dans l’espace public. Mais qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Selon Vie Féminine, « le sexisme dans l’espace public ce sont tous les comportements individuels et collectifs adressés dans les espaces publics (rue, transports, etc.) ou semi-publics (magasins, bars, etc.) pour interpeller, intimider, menacer, humilier ou insulter des personnes en raison de leur sexe.

Ce sont des comportements insistants et répétitifs. Cela peut être des sifflements, des commentaires, des poursuites, etc. Ces comportements peuvent devenir des violences sexuelles. 

Parmi les femmes qui ont répondu à l’enquête, 41% dénoncent des agressions verbales (insultes, remarques insistantes, propos sexuels), 21% des agressions non-verbales (être suivie, sifflée, dévisagée), 26% des agressions physiques (mains aux fesses, attouchements, viols). Les 12% restantes dénoncent d’autres types d’agressions, comme du harcèlement au travail, de l’exhibitionnisme, des photos prises sans leur accord.

Humiliée et coupable

Les femmes interrogées expliquent également comment elles se sont senties après l’agression. Beaucoup parlent d’humiliation. Elles ressentent un sentiment de gêne. Beaucoup disent aussi ressentir de la culpabilité, comme si elles avaient fait quelque chose de mal. L’enquête de Vie Féminine dit à ce sujet : « Comme souvent dans le cas d’agression sexiste sexiste associé au genre : féminin ou masculin, donc à la femme ou à l’homme , les victimes sont confrontées à une double violence : l’agression vécue et le sentiment de culpabilité ressenti. » Enfin, parmi les autres sentiments exprimés par les femmes interrogées, il y a la colère, le stress et la fragilité.

Après avoir subi une agression, la plupart des femmes disent avoir parlé à leur entourage (ami ou amie, famille…) de ce qui leur était arrivé. Les réactions qu’elles ont reçues sont souvent du soutien et de la colère partagée. Cependant, dans 1 cas sur 5, l’entourage banalise ce qui est arrivé et minimise les faits en disant : « Ce n’est pas grave ».

Plus rarement, mais ça arrive aussi, les femmes agressées doivent faire face à des réactions qui les culpabilisent encore plus « Si tu t’habillais correctement, tu ne te ferais pas embêter ». Ce type de réaction renforce les stéréotypes sexistes, encore nombreux dans notre société : « Une femme n’a pas à être seule en rue », « La place d’une femme, c’est à la maison »… A cause de ces idées fausses, les femmes occupent différemment l’espace public et doivent adopter des stratégies pour éviter les dangers

Une loi contre le sexisme

A la question posée par Vie Féminine « As-tu porté plainte ? », 97% des femmes interrogées répondent « non ». Certaines expliquent qu’elles ne savent pas comment faire pour porter plainte. D’autres femmes disent avoir l’impression qu’elles ne seront pas écoutées. Et d’autres encore expliquent qu’elles ont tellement l’habitude des comportements sexistes qu’elles ne réagissent plus. Elles ont appris à « vivre avec ». Une fois encore le sexisme est banalisé.

Il existe pourtant en Belgique une loi qui condamne le sexisme dans l’espace public. Notre pays est d’ailleurs le premier au monde à utiliser le mot « sexisme » dans la loi. Cette loi est née en 2014, à l’époque où les médias ont beaucoup parlé d’un film documentaire « Femme de la rue ». Cette loi contre le sexisme dit que des personnes qui par leurs gestes et comportements méprisent, gravement et publiquement, une personne en raison de son sexe, peuvent passer devant un tribunal et avoir une peine de prison ou une amende.

Condamnation pour sexisme

La toute première condamnation pour sexisme dans l’espace public a eu lieu début mars 2018. L’homme qui a été condamné devra payer une amende pour avoir insulté une policière en raison de son sexe. Il lui avait dit d’aller « faire un métier plus adapté aux femmes . » C’est la première fois en Belgique que quelqu’un est puni pour sexisme en rue. Pourtant, la loi existe depuis presque 4 ans. Elle est donc peu utilisée.
Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, peu de gens savent qu’elle existe et ce qu’elle dit. La loi est aussi difficile à mettre en application. C’est, par exemple, à la victime d’apporter les preuves de son agression, ce qui est souvent compliqué ou impossible s’il n’y a pas de témoins. De plus, beaucoup de victimes de sexisme n’osent pas déposer plainte.

Subir du sexisme sans le savoir

Autre raison encore : les victimes ne se rendent pas toujours compte qu’elles subissent du sexisme, car les stéréotypes de genre sont très intégrés dans la société. Ces femmes se disent que ce qui leur arrive est « normal ». Encore la banalisation…
Pour lutter contre le sexisme et sa banalisation, l’association Vie Féminine invite à sensibiliser à ces questions dès le plus jeune âge et dans tous les domaines de la société, de l’école aux mouvements de jeunesse, des clubs sportifs au travail.

Lire aussi

Notre article « Inégalités sur le pavé »

L’étude de Vie féminine
complète

La campagne Engrenage infernal de Vie Féminine

Une autre étude, menée par JUMP,

Plus d’infos sur le site de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes 

Voir aussi le documentaire « Femmes de la rue » réalisé par la belge Sofie Peeters. Il dénonce les insultes que les femmes subissent lorsqu’elles se promènent en rue.

Cependant, ce documentaire fait débat et doit être visionné avec un œil critique, car il dénonce le harcèlement uniquement dans certains quartiers de Bruxelles et stigmatise certaines catégories de la population.


Auteur : Céline Teret
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En Belgique, les femmes subissent plus de violences que les hommes

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