dimanche 30 mars 2025

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Terre promise, Terre d’immigration

Français, Polonais, Italiens, Tucs, Marocains,… ? Qui étaient les premiers venus en Wallonie pour travailler ? A cette question naïve, la réponse est simple. Les premiers immigrés en Wallonie, ce sont les Flamands !  De 1850 à 1960, 500 000 Flamands ont émigré. Ils ont quitté la pauvre Flandre pour la « riche » Wallonie. Un livre nous le rappelle : La Terre promise, Flamands en Wallonie. Wallonie, terre d’immigration, une terre promise qui n’est pas le paradis.

Le livre, écrit en flamand par un journaliste flamand, Pascal Verbeken, est paru en 2007. Il est maintenant disponible en français. Il raconte son voyage en Wallonie. De Flandre, il franchit la frontière linguistique et se retrouve dans les campagnes du Brabant wallon. Le Brabant wallon avec ses communes riches de la Wallonie d’aujourd’hui.

Il y voit ces gens aisés venus de la ville pour habiter la campagne. Il y croise aussi des Flamands, ménages à 2 salaires, venus habiter récemment parce que le terrain y est moins cher qu’en Brabant flamand. Ils ne sont donc plus les mêmes immigrés économiques que les Flamands du passé. Ces Flamands qui ont quitté leur terre pauvre pour venir travailler dans les grosses fermes, les charbonnages et les usines de la Wallonie riche.

Ypres, Marrakech

Dans le Brabant wallon, Pascal Verbeken rencontre un fermier d’origine flamande. Ses parents, venus de Flandre, en 1952, travaillaient comme ouvriers agricoles. Et le fermier Quickx raconte ses vacances quand il retournait dans le village flamand de ses parents : « Le Walenkop (le « tête de Wallon ») est revenu criaient les garçons du village. Dans ces moments-là, je sentais que je serais toujours un étranger en Flandre. (…) On s’entendait bien. Mais, tout d’un coup, je sentais comme une distance. (…) Récemment, j’ai vu un documentaire sur les Marocains de Bruxelles qui retournaient dans le village de leurs parents. L’un d’eux expliquait qu’il s’y sentait comme un étranger même si les sons et les gens, tout lui semblait si familier. Je me suis dit, merde alors, c’est mon histoire. »

Le Brabant wallon est la première étape du voyage de Pascal Verbeken. Il passe par Wavre et par la ville « OVNI » de Louvain-la-Neuve. Il rejoint alors la région de Charleroi et parcourt le vieux sillon industriel wallon : La Louvière, Mons et le Borinage ; puis, Seraing et Liège. C’est la Wallonie « pauvre » d’aujourd’hui.  Dans son voyage, Pascal Verbeken rencontre des dizaines de personnes, connues ou non. Souvent des gens issus de familles flamandes venues travailler dans la Wallonie mais aussi des Italiens, des Marocains.

Terre d’immigration

Il rencontre, Jean-Claude Van Cauwenberghe, l’ancien homme fort de Charleroi. «Van Cau », grand collectionneur de coqs wallons, se décrit comme émigré flamand de la 5e génération, et raconte que les  premiers immigrés flamands n’avaient pas toujours bonne réputation. On disait en wallon : « Les Flaminds, c’n’est nin des djins.» (Les Flamands, ce ne sont pas des gens). Et « Van Cau » dit encore : « Les Italiens, les Turcs et les Maghrébins, qui sont venus après, ont également dû se battre pour se faire une place. Dans ma jeunesse, je n’ai jamais entendu une remarque désobligeante sur mon nom de famille. Pour les Flamands, la lutte était déjà terminée.»

La Wallonie, terre « promise », terre d’immigration. Et pour Pascal Verbeken : « Chez les travailleurs flamands de Wallonie, c’est surtout la première génération qui a connu des problèmes. La deuxième génération de Flamands s’est wallonisée. (…) Chez les Turcs et les Nord-Africains, les problèmes ont commencé à la deuxième génération : la génération perdue des cités minières et ouvrières de Farciennes, Charleroi Nord, etc., qui étaient comme par hasard les quartiers misérables où beaucoup de Flamands s’étaient établis plus tôt.»

Entre deux mondes

Avant d’être « wallonisés », les Flamands aussi étaient victimes de préjugés, d’idées toutes faites, de clichés. Les Flamands faisaient souvent la première page des journaux régionaux wallons à cause de faits divers violents commis par ces « étrangers » venus du nord du pays. Le Flamand qui débarquait en Wallonie  ne parlait pas la langue et n’était pas habitué au travail en usine ou à la mine. Par exemple, à propos de l’insulte « Flamind », Pascal Verbeken écrit : « Dans l’imaginaire populaire wallon, le « Flamind » était l’éternel dadais. Stupide, maladroit et mal dégrossi. L’antipode du Wallon qui, selon les mêmes clichés, était émancipé, civilisé.»

Heureusement, les Flamands avaient le vélo. Les courses cyclistes étaient une véritable « religion » dans les Flandres et dans plusieurs régions de Wallonie surtout de la fin du 19e aux années 1930. Et à propos de Flamands immigrés, Pascal Verbeken écrit : « la course cycliste était l’exaltation de leur vie. Ils s’identifiaient aux Flandriens (les Flamands restés en Flandre), ces forçats de la piste, des hommes qui en bavaient plus encore que les mineurs. (…) La course soutenait leur respect d’eux-mêmes dans ces années d’hésitation entre wallonisation et retour vers les terres nues du Nord. » La « terre promise » n’est pas le paradis. La Wallonie « riche » n’était pas si généreuse que cela avec ses travailleurs flamands et les autres immigrés qui les ont suivis dans les mines et les usines. Pas généreuse non plus d’ailleurs avec ses travailleurs « wallons ».
Pascal Verbeken raconte la Wallonie d’hier et dessine le paysage de la Wallonie d’aujourd’hui. La Wallonie verte et riche du Brabant Wallon. La Wallonie grise des mines fermées, du chômage et des hauts fourneaux en veilleuse. La Wallonie noire avec la menace toujours annoncée d’un succès de l’extrême-droite (qui ne vient heureusement pas). La Wallonie de contraste avec sa vieille industrie et ses zonings en pleine activité. La Wallonie rouge des grandes grèves de 1886, du mouvement ouvrier, du parti socialiste avec tout son travail « pour les gens » mais aussi ses « affaires ». Pour Pascal Verbeken, l’image de la Wallonie dans ce qu’elle a de plus intime c’est la terre d’immigration sans complexes, chaleureuse, cosmopolite, où toute l’Europe affluait. Le livre de Pascal Verbeken montre autre chose que cette image idéale. Terre promise, Flamands en Wallonie n’est pas une étude, une enquête de terrain. C’est un voyage avec de vraies rencontres et de beaux raccourcis. Terre promise, Flamands en Wallonie donne à lire une certaine image de la fraternité.

Thierry Verhoeven
(immigré d’Anvers de 5e génération, wallonisé depuis longtemps)

Terre promise, Flamands en Wallonie, Edition Le Castor Astral, 20 euros

Pour José Fontaine, intellectuel wallon intransigeant, Terre promise est « sans doute l’essai journalistique et  littéraire le plus sûr à propos de la Wallonie paru ces dix, vingt dernières années. Voire depuis plus longtemps … » Alors, n’hésitez pas…

Un documentaire réalisé à partir du livre,la bande-annonce :
http://www.youtube.com/watch?v=FblsaO77yfs

3 réponses

  1. Eh bien c est dommage qu aujourd hui parce que ils sont plus riches que les wallons ils demandent la séparation de la Belgique
    Esperons que la Belgique reste entiére et s’appelle pour toujours Belgique

  2. Alors là entièrement d’accord, et qui sait si un jour ce ne sera pas le contraire. Il y a aussi le respect des guerres 14/18 et 40/45.
    Quid de notre valeur pour l’Europe si nous ne sommes plus Belges flamands ou wallons?

  3. Mon honorable grand-père né à Brugge en 1 900 est venu un jour à Charleroi pour mieux gagner sa croute, il était marié et père de 5 enfants dont ma mère née à Genk en 1 923.
    Mon grand-père KEMP est venu ici entre les deux guerres mondiales pour TRAVAILLER, dur, parce qu’il y avait du travail ici plus accessible à ses capacités manuelles. La Flandre n’était pas pauvre, elle était aux mains des francophones. Vous devez bien connaître quelques anecdotes sur les soldats flamands sous les ordres d’officiers francophones durant la guerre 14 – 18, hein ?
    Bref ! Depuis 1 970 on ne peut plus vraiment dire qu’on immigre en Wallonie pour travailler, taux de chômage réel, toutes magouilles comptables déduites : + de 25 % de la population active…, non ?
    Vous savez, politiquement, l’immigration est intéressante. Charleroi par exemple ne doit son statut de grande ville qu’à son nombre de boîtes aux lettres et d’immigrés sans boulot et qui n’en auront jamais du boulot, du moins “au blanc”.
    Vous savez les Africains ont une question particulière quand vous leur racontez un fait, si du moins ça les intéresse, cette question est la suivante : “Comment ça a commencé ?”
    Peut-être devriez-vous vous poser cette question particulièrement intelligente avant d’écrire.
    Voyez-vous, je suis gêné d’être Wallon aujourd’hui. Et croyez-moi sur parole, j’ai pas mal de relations qui n’osent plus dire qu’elles habitent Charleroi. Mais de tout ça la “presse”, les “médias” n’osent pas en parler, journalistes et écrivains tiennent à leur place, que voulez-vous, faut bien vivre n’est-ce pas…
    À bons entendeurs…

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