Des chômeurs aux travaux forcés ?


Le 20 décembre 2021 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Thierry Verhoeven

A partir de 2023, en Flandre, les personnes au chômage depuis plus de 2 ans seront obligées de faire un travail d'intérêt général payé 1,30 euro de l'heure. Selon la ministre flamande de l'emploi, ces personnes "garderont ainsi leurs compétences et auront des contacts sociaux". Est-ce la bonne idée de mettre ainsi les personnes sans emploi aux "travaux forcés"?

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A partir de 2023 en Flandre, les personnes au chômage depuis plus de 2 ans seront obligées de travailler. Où ? Dans un service de leur commune ou une collectivité locale. Pour faire quoi ? Balayeur de rue, aide-jardinier, accompagnateur de bus scolaire, aide dans les centres de vaccination… Leur horaire ? Un maximum de 64 heures par mois pendant 6 mois maximum. Et voilà la question à 10 000 dollars, enfin 10 000 euros : leur salaire ? 1,30 euro brut de l’heure en plus de leur indemnité indemnité argent versé à quelqu’un pour compenser une perte, pour réparer un dommage d’assurance-chômage. C’est-à-dire environ 1 euro net. Si elles refusent de travailler, les personnes seront sanctionnées et pourront perdre leurs indemnités de chômage.
Cette mesure concerne environ 70 000 personnes,. C’est le nombre de personnes sans emploi depuis plus de 2 ans en Flandre. Et ce projet n’est que pour la Flandre. La politique de formation et de placement des chômeurs est régionalisée en Belgique.

Que dit la ministre ?

Pour défendre la mesure, la ministre flamande de l’emploi Hilde Crevits du parti CD&V CD&V Christen-Democratisch en Vlaams. En français : Chrétiens-démocrates et flamands. Pour le dire simplement, c’est à l’origine la famille sociale-chrétienne, comme le CDH côté francophone. a des arguments. Lisons-la : « La principale idée est de conserver les compétences des chômeurs. Les personnes qui sont au chômage pendant plus de deux ans perdent un certain nombre de compétences nécessaires pour un emploi, comme par exemple les compétences sociales, ou encore savoir comment se comporter au travail. Nous voulons y répondre en leur faisant faire des travaux d’intérêt général. De cette manière, ces personnes conservent des contacts sociaux et continuent d’être formées aux compétences sociales. La mesure devrait donc avoir un effet de renforcement des compétences. J’espère de cette façon offrir une réponse aux critiques qui trouvent le projet inintéressant. »
Voilà donc ce que va gagner, en plus de 1,30 euro de l’heur, la personne mise "aux travaux forcés" car il faut bien appeler les choses par leur nom ! Voyons un peu ce que nous pourrions répondre à Madame la Ministre Hilde Crevits.

Accompagner

Par exemple ceci : cette personne au chômage depuis plus de 2 ans pourrait avoir de nouvelles compétences par des formations, des stages, par un réel accompagnement et soutien dans une insertion sociale et professionnelle. N’est-ce pas d’ailleurs le but annoncé par toutes les mesures prises ces dernières années ?

Plan d’activation

En effet, depuis 2004, il y a ce que l’on appelle le dispositif d’Activation du Comportement de Recherche d’emploi. Ce dispositif établit un plan d’accompagnement et de suivi des chômeurs. L’accompagnement peut aussi être une obligation, par exemple de suivre telle formation ou de faire plus de demandes d’emploi. Le suivi peut aussi être une sanction sanction punition, amende et même une exclusion de la personne qui ne répond pas aux obligations. Donc, Madame la ministre, la personne sans emploi est déjà contrôlée et peut déjà être exclue.

Le travail de quartier

On peut encore répondre à la ministre ceci : il existe déjà en Flandre un système de mise au travail des personnes sans emploi. Les personnes sans emploi peuvent demander à faire un « travail de quartier » payé 4,10 euros bruts de l’heure en plus de leurs indemnités de chômage avec un maximum de 60 heures par mois et pendant maximum 12 mois. Evidemment, ce n’est pas obligatoire, mais justement…

Droit au libre choix du travail

On peut laisser répondre à Madame la ministre, Ides Nicaise, professeur de l’Université catholique de Leuven en Flandre, spécialiste de politique sociale et économique pour l’inclusion inclusion participation à la vie sociale comme les autres citoyens, le contraire d’exclusion sociale. Interrogé par la télévision flamande, il dit : « S’il s’agissait d’un service volontaire, ce serait complètement différent. Mais cela va à l’encontre du principe du droit au travail et donc du droit au libre choix du travail. Juridiquement, c’est très imparfait. »

Machine à exclure

Le professeur a analysé des systèmes à peu près pareils à l’étranger, il dit encore : « Si vous essayez de les appliquer à grande échelle, les gouvernements sont incapables d’offrir une main-d’œuvre de qualité. Vous avez ensuite toutes sortes de formes de travail forcé pour occuper les gens. Si les gens pensent que c’est inutile ou que ça ne leur convient pas, ils sont sanctionnés sanctionnés punis . Cela finit par se transformer en une machine à exclure. »

Stigmatiser stigmatiser critiquer très durement et en public

Ce professeur termine en disant : « La situation stigmatise par ailleurs ces demandeurs d’emploi. Les employeurs ont tendance à se détourner de ces candidats car qu’ils pensent que ces derniers ne sont pas motivés et qu’ils ont été contraints de se présenter. » C’est bien de cela qu’il s’agit : stigmatiser les personnes demandeuses d’emploi. C’est même presque les criminaliser aux yeux de la société en annonçant ainsi les mettre aux "travaux forcés". Voilà ce que l’on peut vous répondre Madame la Ministre.


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