"L’art est politique, sinon rien !"


Le 8 mars 2021 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Thierry Verhoeven

Au musée BPS22 à Charleroi, une exposition de Margaret Harrison. Son titre ? « Danser sur les missiles » car l’exposition s’ouvre sur des œuvres qui représentent la lutte de femmes contre l’installation de missiles nucléaires dans les années 1980. Ces femmes disent déjà à l'époque: "Détruisons le patriarcat, pas la planète!" Et ces oeuvres montrent encore et toujours que "L'art est politique, sinon rien!"

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Les installations de Margaret Harrison posées dans la 1ère salle de l’exposition donnent le titre à cette exposition "Danser sur les missiles". L’exposition montre, comme en miroir, les rapports de domination de la société. Elle reflète bien ce que dit l’artiste :« L‘art est politique, sinon rien ! »

Propriété privée

En 1981, des milliers de femmes manifestent contre l’installation de missiles nucléaires devant le camp militaire de Greenham-commons en Angleterre. En anglais « commons » veut dire » communs ». Greenham-commons est une terre commune, communale, dont tout le monde peut profiter.
Les terres communes, communales sont un symbole symbole Personne ou chose qui représente bien un sentiment, une idée, qui sert d’exemple en Angleterre. Il y en avait beaucoup jusqu’au 17e siècle, puis on a commencé à les clôturer pour un usage privé. C’est, dit-on, une des marques du début d’un nouveau système économique basé sur la propriété privée, d’un système économique capitaliste.

Missiles nucléaires

En 1981, ce terrain commun est loué à une organisation militaire pour y mettre des missiles Pershing, armes nucléaires américaines qui peuvent faire « péter la planète ». Des femmes britanniques ne l’acceptent pas. Elles marchent vers la base avec leurs enfants. Au fil des semaines, les femmes sont de plus en plus nombreuses. Lors d’une grande manifestation de plusieurs dizaines de milliers de femmes, elles encerclent la base en se tenant la main. Elles installent un camp de la paix.

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Un missile Pershing

Danser sur les missiles

Ces femmes inventent des actions originales pour faire connaitre leur lutte. Certaines femmes ont même un jour pénétré dans la base et dansé sur les silos des missiles. On les avait appelées à l’époque "Les folles de Greenham-Commons". L’une de de ces femmes témoigne : « C’étaient les femmes qui allaient prendre les jouets des garçons, donc c’était très féministe. »
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Les femmes pacifistes de Greenham dansant sur les silos des missiles. On les a appelées "les folles de Greenham"

Le reflet du réel

Un autre jour, elles accrochent des vêtements d’enfants, des couches, des articles ménagers sur la clôture du camp militaire. Un autre jour encore, elles inventent l’action « Refléter la base ». Elles tendent un miroir aux militaires qui sont de l’autre côté de la clôture. Elles le font en silence. L’action est un symbole d’une réflexion sur soi pour que les militaires réfléchissent à ce qu’ils font, à ce qu’ils sont. Inversion des rôles et des genres, subversion subversion renversement de l’ordre dominant, de l’ordre établi , il y avait là tout pour plaire à Margaret Harrison.

Réflexions communes

Margaret Harrison prend des photos des actions des femmes de Greenham-Commons. Alors qu’elle prépare une exposition à New York, elle a l’idée de créer des œuvres qui reproduisent les clôtures du camp militaire décorées par les manifestantes. Ainsi, l’œuvre « Réflexions communes » est une clôture avec des vêtements d’enfants, des objets domestiques et ménagers accrochés. En fond, un miroir pour que notre image de spectateur s’y reflète, pour que l’on réfléchisse aussi sur soi, sa condition, son existence, sa position face à cette clôture. Est-on d’un côté ou de l’autre ? Cette clôture ouvre à la réflexion, à l’imagination.
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Réflexions communes

Le retour du réel

A l’ouverture de l’exposition de New-York, Margaret Harrison doit retourner en Angleterre car sa mère est malade. Les techniciens qui ont monté les installations artistiques de Margaret Harrison se transforment alors en guides de l’exposition. Ils expliquent aux visiteurs américains ce qu’est la base de Greenham-Commons et ses missiles américains, ce qu’est l’action de ces femmes pacifistes. Ils ont ainsi expliqué l’œuvre de Margaret Harrison. Et en faisant cela, ils ont expliqué le réel.

L’art est politique, sinon rien !

Avec "Réflexions communes", « l’art est politique, sinon rien ! » C’est vrai dans le choix du sujet : l’action pacifiste de femmes contre la domination américaine, le danger de la guerre nucléaire et contre l’appropriation de la terre. C’est vrai dans la façon de représenter ce sujet : la clôture, les objets ménagers comme attributs habituels de « la femme », les miroirs qui nous réfléchissent et nous font réfléchir. C’est vrai dans le lieu de création : la domination militaire américaine montrée et dénoncée à New York donc aux Etats-Unis même. C’est vrai jusque dans l’anecdote : les techniciens qui ont monté les œuvres devenus guides de l’exposition. L’oeuvre « Réflexions communes » nous le montre : « l’art est politique, sinon rien » et même : l’art est démocratique, sinon rien !

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Renseignements et réservation sur le site du BPS22
Boulevard Solvay, 22 B-6000 Charleroi
Téléphone : +32 71 27 29 71


Auteur : Thierry Verhoeven
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