Laetitia, cohabitante


Le 16 octobre 2021 | Mise en ligne : Lydia Magnoni

En Belgique, pour le chômage et les autres allocations sociales, il y a un le statut de cohabitant. C'est quand une personne vit sous le même toit qu'une autre personne. Cette personne n'a pas les mêmes allocations ni les mêmes droits que si elle vivait seule. Pour comprendre le statut de cohabitant, il faut écouter ce que vivent les cohabitants au quotidien. Alors, écoutons Laetitia raconter ...

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Dans mon couple, nous avions chacun un emploi, nous avions de quoi vivre décemment. Avec 2.400 euros par mois à 3 et un loyer accessible, nous arrivions à boucler nos fins de mois. Hélas, le stress et la santé m’ont rattrapée.

Les gros mois, mon revenu est de 500 euros

Incapacité de travail, mutuelle, notre niveau de vie a changé comme les revenus du couple. A ma réinscription au chômage, nous découvrons que nous étions considérés comme cohabitants. Le revenu du couple a encore baissé. Les gros mois, mon revenu est de 500 euros, 1.300 celui de mon conjoint. 1.800 pour trois. Et la petite qui grandit tellement vite…

Boucler le budget mensuel était un calvaire car il fallait que tout passe, quitte à demander des paiements échelonnés. Loisirs, sorties, petits extras : on n’en avait déjà plus, alors, on a diminué les dépenses ailleurs. Sur l’alimentaire, sur nos modes de vie. La chasse aux promos, aux occasions, à la deuxième main et tout ça, ça prend du temps. Tellement, car un rien peut venir perturber le budget, comme les déplacements pour les recherches d’emploi, les tests et entretiens d’embauche.

La famille plus que fragilisée

On cherche un boulot, mais de refus en refus, de mois en mois, entre compter et chasser l’emploi, c’en était trop. Ma famille et moi n’en pouvions plus. Nous nous aimions mais cet amour était sous la pression du manque de tout. Tout a explosé. Hospitalisée deux mois, mon couple séparé, la famille plus que fragilisée. Lui a déménagé avec ma fille, pour quitter les murs de cette rupture.

Nous avons essayé de nous reconstruire

Après ma sortie, après séparation, on a voulu se retrouver quand même, même si le statut cohabitant serait le même problème qu’avant. Entre un peu plus d’argent mais éloignés et ensemble mais dans la difficulté, on a choisi ce qu’il nous semblait le plus important : on a choisi de se remettre ensemble et permettre à notre fille une vie à trois. Avoir une famille c’était notre objectif depuis des années. J’ai réaménagé avec eux et nous avons essayé de nous reconstruire. De nouveau en couple, entre nous, mais difficilement car de nouveau en difficulté financière.

Malgré le peu, il rêvait d’acheter une maison, comme tout le monde, alors on s’est lancés quand même. On a recalculé sur le long terme. On pouvait encore se serrer plus la ceinture, un temps, afin de devenir quand même propriétaires. Il y avait des travaux à faire, donc on a continué à louer quelques mois. On payait donc les loyers et les intérêts du prêt tout en faisant les travaux les soirées et week-ends. Mais on était plus que serrés, on était trop serrés. C’était "le bordel" et rapidement, malgré l’enjeu du projet, la tension du trop peu est revenue. Le manque d’argent, la difficulté des semaines a pesé sur nous, et malgré tous nos efforts, tout ce passé commun, nous nous sommes définitivement séparés.

Je suis partie, moi, la cohabitante, la chômeuse

Je suis partie, moi, la cohabitante, la chômeuse. Ma fille a un toit sur la tête et un père qui travaille. Mais plus une famille unie, et pas toujours tout ce qui lui est nécessaire. Je vis seule, sans eux, dans un studio. Comme isolée, je me sens isolée loin d’eux. J’ai accès aux colis alimentaires, j’en donne une grande partie pour ma fille. Je continue à mettre du temps à parcourir les deuxièmes mains pour combler mes et ses besoins. Je peine à trouver de l’emploi. Mes allocations de chômage comme isolée nous permettraient de vivre ensemble, s’il n’y avait pas le passage au taux taux pourcentage, partie d’un ensemble cohabitant – c’est injuste, j’ai quand même travaillé et cotisé pareil. Mais sous statut cohabitant, ce serait invivable, on l’a déjà vécu deux fois.

Alors je cherche de l’emploi, avec comme frein cette tristesse d’être seule, de l’échec de l’aspect familial et social de ma vie. Je m’accroche dans la recherche d’un emploi, même si je sais qu’aujourd’hui, il n’y en a pas. Avec un meilleur revenu, je pourrais reprendre ma place dans cette histoire qui était la mienne, auprès de ma fille et de son père.

Quand le dernier espace qui est à soi devient exposé à tout

Ça, c’est mon histoire. C’est l’histoire de quelqu’un qui a eu au moins une chance : je n’ai pas vécu l’histoire d’autres personnes cohabitantes que j’ai pu croiser. Je n’ai pas vécu les contrôles domiciliaires, l’intrusion dans les détails intimes de ma vie qui vide de toute énergie, la "contrôlite" de gens que la vie contrôle déjà bien assez. Je n’ai pas vu comment ma fille réagirait aux officiels venus fouiller dans les armoires à vêtements et vérifier les brosses à dents. Mais je l’ai entendu. Je sais à quel point c’est encore plus compliqué quand on rentre dans son cocon, quand le dernier espace qui est à soi devient exposé à tout.


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