Lucien, métallo un peu, artiste beaucoup !


Le 18 février 2020 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Verhoeven Thierry

« Quand j’étais jeune, je me disais : la littérature ou la peinture ce n’est pas pour moi, c’est une affaire de bourgeois… » dit Lucien Stoppele, fils d’immigré, ouvrier sidérurgiste. Et pourtant, il finit par devenir artiste peintre et parle de poésie. Un livre raconte son histoire.


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Lucien Stoppele ou l’émancipation des travailleurs à travers la culture ouvrière est un livre paru aux Éditions Aden. Ce livre a 2 préfaces. Une préface du président du syndicat FGTB FGTB Abréviation de Fédération Générale des Travailleurs de Belgique. Sa couleur : le rouge. de Charleroi et du Sud-Hainaut, Antonio Cocciolo et une préface du directeur du musée du Bois du Cazier, Jean-Louis Delaet. La FGTB est un grand syndicat en Belgique. Le musée du Bois du Cazier est un ancien charbonnage devenu un musée pour rappeler une catastrophe minière , un musée de l’industrie et un musée du verre. À la fin du livre, on parle des conséquences de la Révolution industrielle du 19e siècle sur les conditions de vie des travailleurs, des conditions de vie difficiles. Le travailleur n’a aucun droit sinon celui de travailler 12 heures par jour parfois plus pour un salaire de misère.

Lucien, le métallo

Dans le livre, on parle encore du mouvement ouvrier qui se crée pour défendre les ouvriers et pour les éduquer aussi, les éduquer à la culture pour les rendre plus libres. À la fin du livre, on parle encore d’ouvrières et d’ouvriers qui occupent leur entreprise en faillite et qui se mettent à faire du théâtre. Entre l’introduction du livre et sa conclusion, il y a le témoignage d’un homme, Lucien Stoppele. Un témoignage recueilli par deux syndicalistes, Thierry Van Loo et Rudy Danthine. Lucien Stoppele, fils d’immigré, dans une région ouvrière et industrielle, a commencé à travailler à 14 ans dans une usine sidérurgique jusqu’à sa pension. Lucien Stoppelle est donc un métallo. Mais il est aussi, et peut-être surtout artiste.

L’art, c’est pour les bourgeois

Lucien aime la peinture depuis l’enfance, mais il ne commence à peindre que bien plus tard. Il dit : « Quand j’étais jeune, je n’aurais jamais osé parler littérature ou peinture parce que, venant d’une famille ouvrière, j’en faisais carrément un complexe. Je me disais que la peinture, c’était une affaire de bourgeois parce que je pensais que la peinture passait par l’enseignement. » Plus tard, quand il commence à peindre, il s’inscrit, poussé par sa femme dans une académie. Mais « l’école », ce n’est pas pour lui. Il apprend par lui-même, en autodidacte. Lucien, « jeté depuis l’âge de 14 ans dans le fer et le feu » comme il dit, peint des cours d’usine, des hauts-fourneaux, des intérieurs de maison ouvrière.

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Paulus, paysage industriel de la région de Charleroi

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Lucien Stoppele

Inspiration

J’ai eu le plaisir d’écouter une petite conférence que Lucien donnait autour de son livre, dans un café, une maison syndicale, la Maison des 8 heures à Charleroi. Quand on rencontre Lucien et qu’on voit ses tableaux, on pense à des peintres de Charleroi plus anciens, des peintres comme Paulus ou Navez. Paulus et Navez peignaient aussi les usines, les ouvriers, les bords de Sambre, rivière de la région. Lucien répond : « Paulus, oui bien sûr, mais lui il peignait de l’extérieur, moi j’étais dedans… je peignais des impressions directes de ce que je voyais. » Et le visage de Lucien s’illumine alors, il dit : « Non, moi les peintres qui m’ont influencé, c’est Renoir, Manet, Degas, Caillebotte, les grands impressionnistes français. » Lucien, fils d’immigré, d’ouvrier et de syndicaliste a vécu l’usine, cela nourrit sa peinture, l’inspire. Mais avec les impressionnistes et les poètes, l’inspiration prend une autre dimension.

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Caillebotte, rue de Paris, jour de pluie

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Toile de Lucien Stoppele

Impressions

Les grands peintres impressionnistes de la fin du 19e siècle ont fait de la peinture en plein air. Ils se sont inspirés de paysages, des guinguettes le long de la Seine dans la région parisienne, de la ville de Paris même. Sur leur toile, ils nous en donnent leur vision. Lucien peint des usines, le monde ouvrier, de la ville. Lucien a fait aussi des toiles sur les guinguettes qu’il y avait le long de la Sambre dans la région de Charleroi. Et on sent que Lucien est de la famille de Sisley, Monet, Renoir Degas, ou encore Manet, ces grands impressionnistes.

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Renoir, La Grenouillère, guinguette près de Paris en bord de Seine

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Lucien Stoppele, guinguette à l’Abbaye d’Aulne près de Charleroi en bord de Sambre

Expression

Lucien raconte comment en pratiquant la peinture, il lit des tas de livres sur les artistes qu’il aime et il découvre aussi la littérature. Lucien raconte comment il a appris gentiment certaines choses à la guide de la maison du peintre Monet à Giverny, près de Paris. Lucien dit : “Quand je vais à Paris, je vais à Montparnasse (le quartier où vivaient les impressionnistes) et là je me sens chez moi, je me sens avec ces peintres.” Le visage de Lucien exprime alors le bonheur.

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Monet, Impression au soleil levant

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Toile de L. Stoppele

Et emporté par sa passion, Lucien nous cite des vers du poète Baudelaire, ami des peintres Delacroix et Manet entre autres. Son œil s’illumine, la joie éclaire son visage, on le voit : Lucien n’est alors plus le métallo, ni même, qu’il nous pardonne, le syndicaliste, Lucien est ailleurs, sans doute avec “ses” grands peintres impressionnistes et avec le poète Baudelaire. Ca c’est de l’émancipation, ça c’est de la culture !

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Fantin-Latour, Hommage à Delacroix, assis tout à droite, le poète Charles Baudelaire

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Lucien Stoppele
Présentation du livre par l’ASBL ASBL Association sans but lucratif, qui ne fait pas de bénéfices Cenforsoc

C’est l’histoire d’un travailleur aux origines (italiennes) et à la carrière (sidérurgique) presque banales pour un Carolo Carolo mot familier pour dire : de Charleroi ou habitant de Charleroi ... Et pourtant il n’en est rien. Sa passion pour la peinture, Lucien Stoppele l’a longtemps, trop longtemps certainement, enfouie dans son jardin secret, pensant - à tort - que la peinture en particulier et l’art en général étaient réservés aux nantis nantis qui possèdent beaucoup , aux bourgeois. C’est donc l’histoire de Lucien, artiste peintre, sidérurgiste, petit-fils et fils d’immigré italien et surtout Carolo jusqu’au bout des ongles.

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édité par Aden, collaboration de Cepag/Cenforsoc/FGTB Charleroi-Sud Hainaut et epo

Pour acheter le livre, contacter Cenforsoc
Bd Devreux, 36/38 - 6000 Charleroi


Riet Vandeputte Tél : 071/64 12 62
E-mail : riet.vandeputte@cenforsocasbl.be

C’est aussi l’histoire de la culture ouvrière et de son rôle dans l’émancipation des travailleurs. Cette histoire, Cenforsoc Asbl a voulu la raconter. Dans le livre que nous vous proposons de découvrir, Lucien nous livre, avec beaucoup de pudeur et sans artifices, le parcours de sa famille venue chercher chez nous une vie un peu moins dure qu’en Italie. Il nous parle aussi de sa passion pour la peinture.


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