Nouvelle cordée !


Le 29 septembre 2020 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Thierry Verhoeven

Le 15 octobre 2017 sur TF1, le président Emmanuel Macron justifiait sa politique en faveur des riches par ces mots : « Je crois à la cordée, il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre. Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole. » Une vision de la société où les gens d’en bas n’ont d’autre choix que de suivre les gens d’en haut. Et bien, en montrant l’expérience d’une entreprise à but d’emploi, le film "Nouvelle cordée" donne une leçon au président Macron.


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Le 15 octobre 2017 sur TF1, le président Emmanuel Macron justifiait sa politique en faveur des riches par ces mots : « Je crois à la cordée, il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre. Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole. » En alpinisme, le premier de cordée mène le groupe et assure, grâce à sa corde, ceux qui le suivent.

Les premiers de cordée

Pour Macron, le premier de cordée est celui qui montre la voie, donne l’exemple et les autres doivent le suivre. Si le premier de cordée tombe, les autres tombent. L’image est forte. Car on imagine les premiers de cordée comme des gens plein d’initiative, des gens qui réussissent dans un monde dur à vivre. Et ces gens, il ne faudrait pas qu’ils aient trop de « boulets » à trainer, ceux qui ne savent pas suivre les changements économiques et le rythme d’aujourd’hui.

Les derniers de cordée

Que dire alors des chômeurs et chômeuses de longue durée ? Des personnes qui cherchent depuis des années un emploi sans succès ? Des découragés à force de refus et de coups durs ? Des accidentés de la vie, comme on dit. On serait tentés de les appeler les « derniers de cordée », ceux que l’on traine, ceux qui coutent de l’argent à la société en allocations de chômage, maladie ou autres indemnités.

La nouvelle cordée

Le film « Nouvelle cordée » vient bouleverser cette image. Fini le premier ou le dernier. Fini le leader et les suiveurs. « Nouvelle cordée », c’est l’histoire d’hommes et de femmes habitant Mauléon, une petite ville de l’Ouest de la France. Des personnes au chômage de longue durée engagées dans une l’Entreprise Solidaire d’Initiatives et d’Actions Mauléonnaise, l’Esiam, une entreprise à but d’emploi. Une entreprise créée grâce à l’expérience « Territoires zéro chômeur de longue durée ».

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L’entreprise idéale ?

Philippe, Sylvie, Magali, Sébastien étaient des chômeurs et chômeuses de longue durée des « cas sociaux » ou presque. Des « cassos » comme le dit Philippe, des « inemployables », l’horrible mot, comme on dit dans l’économie classique. A l’Esiam, ils travaillent pourtant depuis 2017. L’Esiam, une entreprise à but d’emploi, à but social, à but écologique. L’Esiam, une entreprise rêvée, idéale ? A voir… Voyons.

De beaux témoignages

Dans le film « Nouvelle cordée », il y a des témoignages que les professionnels de la formation et de l’insertion ont entendu mille fois : « Quand, je me lève le matin, je sais pourquoi », « A ma première paie, je suis allée chez le coiffeur » ; « Avec ce boulot, je suis sorti de l’alcool », etc. De beaux témoignages, oui, mais on se dit que le monde ou l’entreprise rêvée, ça n’existe pas.

La réalité

D’ailleurs, le film « Nouvelle cordée » nous le montre. Quand Philippe, abimé par la vie et par l’alcool, dit : « Il y a le groupe des manuels et le groupe des gens du bureau. Moi, dans un bureau, je me prendrais la tête tout le temps. » Que nous dit-il ? La vieille division entre ouvriers et employés. Quand Thierry, le directeur, accueille les salariés le 1er jour, il dit : « Vous êtes payés au salaire minimum, moi, j’ai 2 fois le salaire minimum. » Que nous dit-il ? L’éternel écart salarial entre le patron et les travailleurs ? Quand Claire dit : «  Ici, il n’y a pas de chef, il y a des référents. » Que nous dit-elle ? Une hiérarchie hiérarchie organisation où il y a des chefs et des subordonnés réelle, mais qui ne dit pas tout à fait son nom. Non, l’ESIAM n’est pas l’entreprise idéale, l’entreprise rêvée. Elle est plus que cela. Voyons plus loin.

Nouveau modèle

L’ESIAM est une entreprise à but d’emploi et une entreprise à but social. Comme le dit un travailleur : « Dans l’économie classique, chez eux, le temps, c’est de l’argent. Chez nous, le temps, c’est de l’emploi. » Comme le dit Catherine, ancienne coiffeuse, sans emploi à cause d’un problème d’épaule : « J’étais devenue « rien. J’ai 42 ans, j’ai une nouvelle conception conception manière particulière de penser quelque chose ; par exemple, un concept juridique est une manière de penser la justice. de la vie, c’est que du « plus ». » Sébastien, ancien travailleur hospitalier : « On est en train d’user l’être humain comme s’il était une machine, j’en suis la preuve. À l’ESIAM, nous proposons un nouveau modèle économique, on remet l’être humain en avant en respectant l’Homme et la planète. »

Aujourd’hui et demain

Aujourd’hui, l’Esiam, c’est 75 personnes qui travaillent en contrat à durée indéterminée (CDI). Aujourd’hui, les activités de l’Esiam sont : l’entretien des espaces verts, un atelier « tissu zéro déchets », la récupération de châssis pour en faire du plastic recyclé, une épicerie, le recyclage du bois. Aujourd’hui, l’Esiam, c’est de l’emploi, ce sont des activités qui répondent à des besoins d’une population locale. Même si aujourd’hui, l’Esiam reste une entreprise fragile, l’Esiam ne fermera pas ses portes. Ou alors, comme le dit Sébastien, avec une bienveillance qui ne le quitte jamais : « Ceux qui fermeraient l’Esiam, ça voudrait dire qu’ils n’ont rien compris. »

Pour le moment, le film Nouvelle cordée est visible en vidéo à la demande sur cette page du site Films&documentaires
La location coute 5,99 euros.

La bande annonce du film Nouvelle cordée

Le site de l’Esiam, Entreprise Solidaire d’Initiatives et d’Actions Mauléonnaise


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