Quand un livre interdit d’autres livres


Le 26 février 2020 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Thierry Verhoeven

Gabriel Matzneff est un écrivain qui a raconté dans ses livres ses aventures sexuelles avec des garçons et des filles mineurs. La célèbre maison d’édition Gallimard a publié les livres de Matzneff. Une ancienne victime de Matzneff, Vanessa Springora raconte dans un livre comment celui qu’elle appelle G.M. l’a séduite à 13 ans et violée à 14. En réponse, Gallimard retire de la vente des livres de Gabriel Matzneff.


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Le 2 janvier, Vanessa Springora publie Le Consentement. Dans ce livre, elle raconte ses relations avec Gabriel Matzneff, un écrivain de 50 ans alors qu’elle n’en avait que 14. Cela se passait dans les années 1980. Elle raconte comment Gabriel Matzneff l’a manipulée. À l’époque, elle croit avoir trouvé l’amour avec un grand écrivain. Lui, il ne fait que refaire ce qu’il a fait, fait et fera avec de nombreux gosses : abuser de son pouvoir d’écrivain pour les séduire puis les violer. Gabriel Matzneff a séduit, violé Vanessa Springora et il lui a volé son enfance. Comme l’écrit Vanessa Springora : « Il était bien ce qu’on apprend à redouter dès l’enfance : un ogre. »

Matzneff célèbre

Gabriel Matzneff est un écrivain connu, célèbre dans le petit milieu littéraire et intellectuel parisien. D’ailleurs, les éditions Gallimard, célèbre maison d’édition, publient les livres de Gabriel Matzneff : ses romans et plusieurs tomes de son Journal. Gabriel Matzneff a des relations sexuelles avec des enfants. Pour la loi, ce type de relations, c’est un crime. Mais en plus, Matzneff raconte ces relations dans un Journal. Il se fait de l’argent en racontant dans ses livres ses histoires « d’amour ». Ce sont en réalité des histoires de viol puisque les enfants ne peuvent pas donner de consentement !

Livres retirés de la vente

En 2020, le livre de Vanessa Springora fait l’effet d’une bombe. Celles et ceux qui ne voyaient pas la réalité ou faisaient semblant de ne pas la voir sont obligés de reconnaitre que Gabriel Mazneff est un pédocriminel pédocriminel Personne qui commet des violences sexuelles sur mineurs . Et les patrons de la célèbre maison d’édition Gallimard réagissent et décident de ne plus commercialiser les livres en question et de retirer de la vente ceux qui sont encore en librairie. Un éditeur qui retire des livres de la vente, c’est quelque chose de très rare dans le monde de l’édition et du commerce des livres. Et d’ailleurs les patrons des éditions Gallimard le disent : « C’est une mesure exceptionnelle ».

Un livre interdit d’autres livres

Comment les patrons de Gallimard justifient-ils cette décision ? Ils disent : « La souffrance exprimée par Mme Vanessa Springora dans son livre Le Consentement fait entendre une parole dont la force justifie cette mesure exceptionnelle. » Évidemment, Vanessa Springora fait entendre pour la première fois les jeunes et nombreuses victimes de Gabriel Matzneff. C’est une parole d’une force incroyable. Vanessa Springora dénonce les crimes de l’écrivain. Elle dénonce aussi un milieu littéraire et intellectuel qui a fermé les yeux sur ces crimes. Elle le fait avec talent. Son livre est un livre fort. Mais doit-on interdire les livres de Matzneff au nom du livre de Vanessa Springora ? Si on comprend bien, si le livre de Vanessa Springora n’avait pas la force qu’il a, les dirigeants de Gallimard n’auraient peut-être pas retiré de la vente les livres de Matzneff ? Donc, au nom du livre de Vanessa Springora, on interdit des livres de Matzneff. Un livre interdit un autre livre !

Un livre comme excuse

Antoine Gallimard, le grand patron des éditions Gallimard se justifie : « Quand j’ai entendu parler du Consentement, je ne pensais pas bouger. Mais, au-delà du débat sur la qualité littéraire du texte, j’ai été très touché par la lecture du livre de Vanessa Springora. Elle m’a fait prendre la mesure des effets dévastateurs de la manipulation d’un adulte sur une toute jeune fille. Dans le Journal de Gabriel Matzneff, il y avait une part manquante : la victime. » Antoine Gallimard dit encore : « C’est le livre de Vanessa Springora qui a “motivé” ma décision, car ma responsabilité d’homme et d’éditeur est aussi d’entendre la souffrance des autres. » Autrement dit, Antoine Gallimard ne s’excuse pas, ne dit pas qu’il retire de la vente des livres de Matzneff à cause de leur contenu pédocriminel.

De vraies excuses

Le patron des éditions Gallimard aurait pu dire d’autres choses. Il aurait pu dire : «  Dans le passé, les patrons des éditions Gallimard ont publié des livres de Gabriel Matzneff dans lesquels Matzneff écrit qu’il viole des mineurs d’âge, des garçons et filles. Les éditions Gallimard ont commis commis du verbe commettre, c’est faire quelque chose contre la loi : voler, tuer,... une grave erreur de publier ces livres sans avertir le lecteur que des actes racontés sont des crimes pour la loi. » C’est d’ailleurs ce qu’écrit Vanessa Springora à la fin de son livre.

Le dernier mot à Vanessa Springora

Dans le postscriptum du livre Le Consentement, Vanessa Springora écrit :

"Entre les lignes, et même parfois de la manière la plus directe et la plus crue, certaines pages des livres de G.M. constituent une apologie explicite de l’atteinte sexuelle sur mineur. La littérature se place au-dessus de tout changement moral, mais il nous appartient, en tant qu’éditeurs, de rappeler que la sexualité d’un adulte avec une personne n’ayant pas la majorité sexuelle est un acte répréhensible, puni par la loi. Voilà ce n’est pas si difficile, même moi, j’aurais pu écrire ces mots. (1)"


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(1) Explications
L’apologie est le fait de justifier, de défendre et de vanter des actes, des paroles ou des écrits. En particulier de défendre ce qui est puni par la loi. Cette apologie est explicite.
Explicite veut dire que cette apologie est affirmée et ne laisse aucun doute.
Un acte répréhensible est un acte qui doit être condamné.


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