« Souviens-toi, maman, nous étions tes enfants… »


Le 11 mars 2021 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Véronique Ceuppens

Dans le livre La Familia grande, Camille Kouchner accuse son beau-père Olivier Duhamel d’avoir violé Victor, son frère jumeau alors qu’il avait 13 ans. C’est un livre sur une « grande famille » où l’on pouvait tout dire et tout faire au nom de l’idée de liberté, mais où l’on garde le silence sur ce qu’il faudrait dénoncer… Car Camille accuse aussi sa mère et lui rappelle : "Souviens-toi, maman, nous étions tes enfants… "


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La mère de Camille et Victor, c’est Evelyne. Elle est remariée avec Olivier. Quand Camille révèle à sa mère que son beau-père Olivier a violé Victor, son jumeau quand il avait 13 ans, la mère minimise. Pire : elle reproche à ses 2 enfants de lui avoir menti en s’étant tus pendant toutes ces années. Elle leur reproche aussi de vouloir lui voler Olivier, son « mec ».

« Tais-toi »

Dans ce livre, Camille s’adresse à sa mère : « C’est vrai, maman, mon frère m’a dit « Tais-toi » et je me suis tue. Nous étions si petits. Comment imaginer qu’Olivier nous faisait du mal ? Comment m’y opposer ? Je n’ai pas protégé mon frère mais moi aussi je suis une victime. Maman, toutes ces années, la culpabilité, la tristesse et la colère m’ont étouffé ». Regarde-moi, maman, c’est pour toutes les victimes que j’écris. »

« Souviens-toi, maman »

Bien sûr, c’est Olivier, le beau-père, le mari, l’homme que Camille accuse. L’homme qui abuse sexuellement d’un enfant. Qui le trompe, qui le manipule pendant des années. Et qui ne paraît pas regretter ce qu’il a fait. Qui ne s’excuse même pas. Bien sûr.
Mais Camille s’adresse surtout à sa mère « Souviens-toi, maman, nous étions tes enfants » est une phrase déchirante. Comment une maman peut-elle pardonner à son mari des agressions sexuelles sur un de ses enfants ? Comment peut-elle rester avec son mari ? Comment peut-elle décider de ne plus voir ses enfants ? Et lisons sur la page ce que Camille écrit :
Reproduction de l'extrait du livre

« Peut-être que, comme tu me l’as reproché, maman, je n’aurais pas dû me taire. Peut-être que j’aurais dû parler. J’y ai beaucoup réfléchi. Ta condamnation est le pire des poisons. Mais au fond, maman, depuis la mort de ta sœur Marie-France, je chemine et je le sais : même si j’avais parlé, tu ne serais pas partie, Evelyne. Certains diront que tu fais partie de cette « génération-là ». Moi, je crois surtout que tu fais partie de ces « gens-là ».

« Ces gens-là... »

Quand Camille parle de « cette génération-là », elle parle des post-soixante-huitards qui ont mis la liberté totale au centre de l’éducation. Evelyne disait « l’éducation, ce n’est pas la transmission, c’est l’apprentissage de la liberté ». Mais ce n’est pas cette génération en entier qui est mise en cause, ce sont « ces gens-là » comme dit Camille. Et Camille dit que ses parents font partie de « ces gens-là ». Ces gens-là, ce sont ceux qui se taisent, qui gardent les secrets de famille, qui ne divorcent pas, qui ne veulent pas faire de vagues.

Le silence d’une mère

Comme Evelyne, qui choisit de se taire, de garder sa place dans son couple et dans la société.
Evelyne, la mère, l’épouse, la femme ne peut pas supporter. ce qu’Olivier a fait. Elle ne veut pas voir son monde s’écrouler. Elle préfère accuser ses enfants que son mari. Elle rend coupables ses enfants. Camille est lucide : elle sait que même si elle avait parlé à sa mère plus tôt, ça n’aurait rien changé. Evelyne n’aurait pas quitté Olivier. Si Camille commence ce passage à s’adressant à sa maman, en l’appelant maman, elle le termine en l’appelant par son prénom, Evelyne. Evelyne, par son silence, a perdu le droit d’être la maman de Camille.


Auteur : Véronique Ceuppens
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