Un élève rencontre "le peuple"


Le 8 février 2021 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Thierry Verhoeven

Une grande grève provoque des rencontres parfois inattendues entre des gens très différents. Ces gens découvrent des réalités qu’ils ne connaissaient pas et cela se fait souvent dans un esprit de fraternité. Comme cette rencontre entre un élève de 12 ans et des délégués syndicaux d’usine pendant la grève de 60-61. Une rencontre qui va jouer un grand rôle dans sa vie.

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La grève de 60-61 a frappé les esprits de beaucoup de gens en Belgique et aussi l’esprit du jeune Thierry qui avait 12 ans à l’époque. Ce vécu de la grève de 60-61 a sans aucun doute joué un grand rôle dans la « formation » de Thierry Haumont et dans ses engagements futurs. Thierry Haumont devient un auteur wallon et un militant wallon. Il participe au Manifeste de la culture wallonne en 1983 et fonde, avec un autre militant wallon José Fontaine, la revue Toudi, une revue de réflexion sur la Wallonie.

Lisons le témoignage du jeune élève Thierry

« L’année où je suis entré au collège, la grève de 60 a éclaté. Les trains ne circulaient plus (...). Je faisais de l’auto-stop avec un aîné. Il y avait peu de voitures sur les routes : des médecins par exemple ; puis des délégués syndicaux allant d’usine en usine pour soutenir les grévistes. On avançait de quelques kilomètres à la fois ; mais quelles rencontres ! Ces deux élèves d’un collège catholique, les délégués syndicaux les prenaient avec une générosité amusée. Et nous fraternisions. Il s’est révélé alors à moi ceci : ces hommes-là, eux, appartenaient à un vrai peuple. Au contraire de mes professeurs qui étaient de nulle part (...) J’ai su que mon pays existait... » (écrit dans La Revue Nouvelle en mars 1986).

Que nous dit-il ?

Il n’y a pas de trains et pourtant il y a peu de voitures sur les routes. Cela prouve que l’activité économique est à l’arrêt ou presque. Grâce à la grève, Thierry rencontre le monde du travail, mais le monde du travail en grève : « des délégués syndicaux allant d’usine en usine pour soutenir les grévistes ». Ce qui le frappe c’est « la générosité amusée » de ces délégués. Cela donne une image différente de celles que les opposants à la grève donnent à l’époque : des grévistes et des syndicats violents.

Ces rencontres créent de la fraternité : « Nous fraternisions ». Et finalement la révélation : « Il s’est révélé à moi ceci (…) » La révélation, c’est-à-dire la découverte d’un monde inconnu, caché. Qu’est-ce qui était inconnu, caché ? Un vrai peuple (des travailleurs) et un vrai pays (la Belgique ? Sans doute pour Thierry Haumont, c’est plutôt la Wallonie que la Belgique).

Un savoir sans professeurs

Un vrai peuple et un vrai pays alors que les professeurs qui ne participaient pas au mouvement social « étaient de nulle part (...) » Les professeurs qui sont là pour transmettre le savoir ne savaient rien de la réalité sociale parce qu’ils ne participaient pas au mouvement collectif de la grève. Ces professeurs n’étaient pas à ce moment « dans le vrai ».

Enseignements

Ce court témoignage nous montre quelques réalités de la grève de 60-61 et sur ce qu’elle a représenté.
La grève a paralysé le pays. Le syndicat chrétien CSC CSC Confédération des Syndicats Chrétiens, plutôt chrétien. Sa couleur : le vert. et beaucoup de catholiques n’ont pas soutenu la grève. Les écoles catholiques n’étaient pas en grève. La grève a permis d’affirmer l’existence d’une Wallonie dans le pays Belgique. Dans la grève de 60-61, comme souvent dans les grèves et les mouvements sociaux, des gens très différents fraternisent parce que d’une manière ou d’une autre ils participent à l’action. Ce sont ces rapports humains qui sont sans doute les plus importants.

Nous avons déjà publié un extrait d’un livre de Thierry Haumont, à lire ici Flamand, Wallon, deux façon de voir
Les oeuvres de Thierry Haumont

Poésie
Ravanastron, Tournai, Art et Idées, 1967
Petit traité de philosophie minimale, Charleroi, éditions RA, 1995

Romans
Les petits prophètes du nord, Paris, Gallimard, 1980
Les Forêts tempérées, Paris, Gallimard, 1982
Le Conservateurs des ombres, Paris, Gallimard, 1984, rééd. Bruxelles, Labor, 1998
Les Peupliers, Paris, Gallimard/L’Arpenteur, 1991

Traduction
Rainer Maria Rilke, Chant d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke, traduit de l’allemand, Tournai, Casterman, 1994


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