Welcome to Karl city


Le 9 mai 2020 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Lydia Magnoni

Début mars, je rencontrais Lola Destercq pour parler avec elle du spectacle interactif Welcome to Karl City dont elle est la réalisatrice. Nous étions alors bien loin, l’une et l’autre de mesurer à quel point l’article prévu allait se révéler complètement dans l’actualité avec la crise du coronavirus.


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Aux élections européennes, les partis d’extrême droite ont progressé et surtout les idées de l’extrême droite font malheureusement leur chemin dans d’autres partis politiques et dans la société. A Charleroi, depuis plusieurs années, des associations se réunissent dans un « Village de la Démocratie » pour combattre les idées d’extrême droite. Une série d’activités pour que les jeunes surtout et aussi les moins jeunes comprennent combien la liberté et la démocratie sont précieuses. Depuis 2 ans, L’Essentiel participe à ses activités.

Bienvenue à Karl City

C’est dans ce cadre que nous avons décidé de consacrer un article dans L’Essentiel au spectacle interactif Welcome to Karl City, créé par le Centre Ener J et l’ASBL ASBL Association sans but lucratif, qui ne fait pas de bénéfices Impact. Un spectacle évolutif qui a été présenté au public pour la première fois, il y a juste un an. La saison 2 du spectacle se présentait comme un succès : pour toutes les dates programmées, il ne restait plus aucune place. Mais quelques jours après notre rencontre, suite à la crise du coronavirus, le confinement confinement enfermement dans un certain espace a commencé. Et toutes les représentations prévues ont été annulées. Pourtant, Welcome to Karl City et les réflexions qui ont conduit à sa création sont plus que jamais d’actualité. Car on y montre comment les dictatures naissent quand une société renonce aux libertés individuelles au nom de la sécurité.

Karl City, Charleroi en dictature dictature pouvoir qui ne donne aucune liberté à la population

Le spectacle nous emmène à la découverte de Karl City qui organise ses journées portes ouvertes. Karl City est présenté comme un modèle de société, un monde parfait. A Karl City, pas de problème de sécurité ni d’éducation. Tout est sous contrôle. C’est la face et la phase de séduction du discours totalitaire. Dès l’accueil, l’opération séduction commence. Les invités sont toutefois invités à ne pas sortir du parcours imposé.
Et le malaise, au fil du parcours « découverte », apparaît peu à peu. Il y a un écart entre ce que l’on veut montrer : le discours des responsables, la vérité officielle et la réalité que l’on aperçoit sous ces apparences trop parfaites. Le spectateur ne tarde pas à voir les failles de ce monde trop parfait et surtout le prix à payer par différentes catégories d’habitants : handicapés écartés ou stérilisés, migrants chassés…
Ce prix à payer pour la sécurité, c’est l’abandon de sa liberté. Dans son épicerie bar-tabac, Mme Martinet se voit imposer un couvre-feu. Les réunions sont interdites. Les produits artisanaux qu’elle proposait sont à présent labellisés et régis par l’Etat.
L’Etat a la mainmise sur les produits de première nécessité. Dans la boutique du tailleur, cet artiste issu de 4 générations d’artistes en est réduit à produire des uniformes dans les couleurs prescrites.
Sous prétexte de rechercher la sécurité et l’hygiène, l’Etat totalitaire impose toutes ses règles, même les plus absurdes.

Académia, le vrai visage de la dictature

Pendant le parcours, le visiteur prend peu à peu conscience de l’existence de la tour de contrôle, le gouvernement de Karl City, un pouvoir obscur absent et pourtant présent partout et tout le temps.
Un pouvoir qui a la mainmise sur les biens de première nécessité, sur l’outil de travail.
Au fil des découvertes, la visite prend un ton de plus en plus oppressant. Comme lors de la séance à l’Académia, académie de la bonne pensée, traduisez « pensée unique ». A l’Académia, on invite les spectateurs à applaudir les décisions. Des décisions absurdes comme l’interdiction de la couleur jaune...

Construction théâtrale

Ce qui est sûr, c’est que la liberté et la liberté d’expression sont de plus en plus mises à mal.
La violence que l’on ressentait depuis le début du parcours de Karl City finit par éclater dans le final en place publique. On encourage d’abord les spectateurs à se soumettre volontairement à la loi absurde. On exerce sur eux une pression douce, un chantage affectif. Les participants spectateurs vont-ils réagir ? Et à quel moment ?Quelle sera la limite de chacun ? Et de quelle manière va-t-il manifester son désaccord ?

Karl City est une construction théâtrale interactive. Le spectacle montre au spectateur comment, peu à peu, une société peut glisser vers la dictature. Il retrace le parcours du parfait dictateur.
Karl City est un outil pédagogique idéal qui permet de démonter tous les ressorts de l’entrée d’une société en dictature. Le spectateur y voit les discours séduisants, les dérives de langage, les premières atteintes aux libertés individuelles, le refus de plus en plus brutal des discours contradictoires...
Ce spectacle permet d’armer les jeunes, et les moins jeunes, pour résister à des discours simplistes, sécuritaires.

Liberté ou sécurité ?

Le spectacle est toujours suivi d’un échange et d’un débat avec les spectateurs. On y parle des tentations de se soumettre, de la limite de chacun et des différentes façons de s’opposer à un pouvoir dont on n’approuve pas les décisions : ne pas participer, refuser.
On y arrive à la conclusion que la liberté est ce que vous en faites. Et qu’elle est un bien précieux à protéger de toutes ses forces. Il faudra s’en souvenir à la fin du confinement.


Auteur : Lydia Magnoni
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