![]() Yasser Arafat rassemblait derrière lui une majorité de Palestiniens. Qui va pouvoir lui succèder ? Photo: Belga |
Qui va succéder à Yasser Arafat à la présidence
de
l’Autorité palestinienne? Arafat, le chef historique des Palestiniens,
mort à Paris le 11 novembre, n’avait rien prévu. Ce qui est
très grave car la succession n’est pas simple.
Même s’il était
critiqué, Arafat rassemblait derrière
lui une majorité de Palestiniens. Sa mort pose donc de gros problèmes.
Car l’opinion palestinienne est très divisée et il y a
13 principaux mouvements palestiniens. Certains sont politiques, d’autres
sont militaires. Et certains font des actions terroristes contre Israël.
Tous ces mouvements ne s’entendent pas entre eux.
Plusieurs de ces mouvements
sont même ennemis. Cela explique sans aucun doute le fait qu’Arafat
a été maintenu en vie, artificiellement, le plus longtemps possible.
Il fallait laisser le temps aux responsables palestiniens de se mettre d’accord.
Et il n’y a pas que ça. On sait que des questions d’argent
sont intervenues. Arafat avait le contrôle total de l’argent de
l’Autorité palestinienne.
Et on sait aussi qu’il a réussi à se construire une fortune
personnelle de plus de 900 millions de dollars (un peu plus de 900 millions
d’euros).
Une partie de cet argent vient de l’aide internationale pour les Palestiniens.
Rien que sa femme, qui vivait depuis longtemps à Paris et que les Palestiniens
détestent, recevait 1 million de dollars par mois d’Arafat. Plusieurs
enquêtes internationales ont lieu sur l’origine de cet argent.
Ce ne sont pas les seuls problèmes.
Intérim jusqu’en janvier
Dès le lendemain de la mort d’Arafat,
les Palestiniens ont nommé,
comme le prévoit leur système, un Président par intérim
de l’Autorité palestinienne. C’est Rawhi Fattouh, qui était
le chef du Parlement palestinien. Des élections présidentielles
sont prévues avant le 9 janvier pour élire le nouveau Président.
Mais rien ne dit qu’elles pourront avoir lieu. Les Palestiniens n’ont
pas du tout les moyens techniques de les organiser. Les territoires palestiniens
sont carrément éclatés et séparés entre
eux. Et Israël fait le blocus des villes palestiniennes Dans ces conditions,
comment permettre aux candidats de se déplacer librement et de faire
leur campagne électorale ? Comment permettre aux électeurs d’aller
voter ?
Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura plusieurs candidats.
Mais ceux qui ont déjà dit qu’ils seraient candidats semblent
avoir très peu de chances de gagner. Par contre, selon tous les spécialistes,
une personne rassemblerait une grande majorité de voix. Cette personne
aurait une véritable autorité sur tous les mouvements, pourtant
très divisés. Elle pourrait aussi relancer des négociations
de paix. Cette personne, c’est Marwan Barghouthi. Barghouthi est le chef
du Fatah. Le Fatah est la partie armée de l’OLP. Mais il y a un
problème. Barghouthi est en prison en Israël. Il est condamné à vie
pour avoir soutenu des attentats palestiniens. Et on voit mal comment le gouvernement
israélien accepterait de le libérer. Personne n’ose donc
faire le moindre pari sur le successeur d’Arafat, sur les chances de
relancer les négociations de paix et sur la création d’un
Etat palestinien. Surtout que deux mouvements armés palestiniens, le
Hamas et le Jihad, ont déjà annoncé qu’ils ne participeraient
pas aux élections
et qu’ils continueraient la lutte armée.
En fait, il y a un seul
espoir. C’est que l’Union européenne
et les Etats-Unis d’Amérique fassent pression sur Israël
et sur les Palestiniens pour relancer les négociations de paix. Mais,
encore une fois, rien n’est moins sûr. Le président américain,
Georges Bush, n’a jamais montré beaucoup d’intérêt
pour la cause palestinienne. Pourtant, une chose au moins est certaine: l’arrivée
d’une nouvelle direction palestinienne est une chance à ne pas
rater…
Marc Vandermeir